Charlie en nous...

C’est dans la continuité d’une vieille tradition en France depuis Molière, et Voltaire, puis bien d’autres dans cette lignée que s’inscrit la presse satirique. Elle dénonce, mais pratique surtout, selon une qualité de notre culture, une forme d’impertinence moqueuse enracinée chez Voltaire : l’insolence.  Il n’y a rien qui la condamne, quand elle défend les facettes cachées de la vérité. C’est sous cet aspect instinctif et réactionnel que la liberté est défendue, sous cette exigence d’avoir toujours présent à disposition la révélation joyeuse de ce qui se cache derrière les faits. Les dessins, textes satiriques ont derrière leur tradition d’insolence, celle de la garantie de notre liberté de penser.

Le dilemme que pose celui de la réponse à la colère légitime que l’on éprouve, tient à ce qu’Hannah Arendt a si bien soulevé à propos de la « banalité du mal ».  Déjà, à l’époque des procès de Nuremberg, apparaissait la stupidité, la médiocrité, la banalité de personnages pathétiquement dérisoires. Il s’agit là de la même stupidité, celle qui condamne tout ce qui se trouve en arrière plan, celui de la vraie criminalité. Il n’y a donc pas de réponse satisfaisante sur ce plan que la neutralisation. Mais pour le reste, nous devons continuer tous les jours à être Charlie, et le rester. L’époque l’exige.

L’insolence est la frontière nécessaire à notre liberté commune. Paix à ses victimes.

 

Nous sommes Vendredi. La traque se poursuit et cette suite de l’histoire rejoint d’une certaine manière la triste cohorte des faits divers de la chasse aux criminels, selon des scénarios qui se répètent. Au fond, ces bras armés de la bêtise sont dans une histoire qui les dépasse, car ce qu’il y a derrière eux nous concerne nous, en tant qu’être conscients de maintes errances de nos sociétés, qui vont toutes dans le sens des tyrannies sanglantes. Nous en avons une sous les yeux, avec ses métastases.

Mais en ce moment, ceux qui sont en âge de partager les souvenirs de 68 avec moi, ont connu ces mouvements spontanés de l’opinion, ont vu les institutions flotter, surprises voire un temps débordées par cette autonomie qu’elle révèle, qu’elles ont toujours tendance à ignorer : sa maturité. Partis, syndicats et autres seront toujours en retard et obligés de courir après l’opinion tout en se donnant des airs du contraire.

À l’époque de la création de Charlie, on appelait ça de la « récupération ».

Nous risquons, une fois de plus, de voir ce scénario s’engager. Pourtant je suis assez rassuré de l’ampleur mondiale de ces réactions. Elle révèle quelque chose de magnifique de maturité et d’autonomie, augmenté de cette formidable opportunité de rapidité que donne la communication en réseaux interpersonnels actuelle. Nous partageons tous ainsi, c’est l’impression que j’en ai tout au moins, au-delà d’une indignation et de la colère, le sentiment plus ou moins net que les pulsions tyranniques procèdent toujours d’un même mécanisme, celui où le persécuteur, quelle qu’en soit la raison s’attribue seul le droit d’autoriser ou d’interdire. Aujourd’hui cette triste falsification de l’Islam que les commanditaires

Nous allons vers une société « numérique » qui peut présenter des risques plus abstraits et pernicieux auxquels nous contraindraient la puissance de moyens énormes dans les mains de quelques uns. Manifester, c’est s’exprimer en tant qu’être indivisible, inséparable des autres, par les autres ; le fondement même de la liberté. Et défendre la  liberté d’expression, c’est défendre l’autre en lequel réside aussi ma propre liberté d’expression. Il n’y a pas d’alternative négociable à ce principe. Voilà pourquoi je pense, les gens que nous sommes on fait implicitement le choix de cette étiquette sur eux : je suis pour eux, Charlie pour nous.

Je souhaite que la politicaille ne s’en mêle pas et que notre personnel politique ne participe à ça qu’à titre personnel et discret, sans mise en avant ou position victimaire,  qui ne tromperait personne.

Je ne peux enfin que regarder ce qui se passe, cette tendance à venir se reconnaître dans un lieu central et parfois symboliques du pouvoir de nos villes, comme un vieil héritage, dont les exemples les plus récents avant nous sont chargés d’exemplarité, à la face des marchands de tabous, dans les pays justement qui subissent comme nous cette violence de l’intolérance.  

 

Charlie en nous...

09/01/2015 12:27
Charlie en nous... C’est dans la continuité d’une vieille tradition en France depuis Molière, et Voltaire, puis bien d’autres dans cette lignée que s’inscrit la presse satirique. Elle dénonce, mais pratique surtout, selon une qualité de notre culture, une forme d’impertinence moqueuse enracinée...