le silence des électeurs

Le silence des électeurs …                                                           Depuis presque 30 ans, les élections les plus populaires consacrent des choix par défaut, par élimination, dont la première étape fut la grande finale Chirac/Le Pen. Depuis, les véritables votes d'adhésion ont cessé d'exister, jusqu'à la conclusion que nous avons connue avec le quinquennat Hollande.

Cette tendance de fond tenace a évidemment provoqué celle de la progression de l'abstention aux présidentielles, moins qu'aux législatives.  Le record d'hier pose évidemment problème à plusieurs titres: la légitimité du résultat, mais aussi l'importance du message. On reconnaît à ces taux une double motivation:

            La fatigue de l'opinion devant l'inefficience générale de la classe politique qui a cultivé le monopole du bipartisme, dans un dualisme de l'alternance qui s'est avéré ne plus avoir aucune raison d'être, et donc avec, l'utilité de ses tenants,

            Un désintérêt, un laisser-aller ou un laisser-faire au sujet de ce qui pouvait advenir comme alternative inconnue, d'une très grande partie de l'opinion, dont la curiosité surtout a été éveillée en voyant l'étendue des conséquences de sa désaffection.

Les partis réactionnels, dits populistes ont été touchés par le même désintérêt semble-t-il. Ils font parti du système. La première conclusion qu'il faut peut-être en tirer est que le succès de LReM tient à une victoire par forfait. Ce qui laisse entier et en suspend pour l'avenir le problème politique que nous connaissons. Une manière de clore ces 30 dernières années de frustrations… ou de les voir augmenter.

Cette relativité d'une majorité numériquement faible prend les allures d'une victoire à la Pyrrhus, et n'a rien de jupitérienne, et reste à confirmer auprès de tous ceux qui se sont abstenus. Une partie non négligeable de l'opinion reste à convaincre.

D'autre part, la composante sociale de cette nouvelle chambre, plus jeune, est à l'opposé de celle d''avant; issue de la "société civile" (pour société productive je suppose), elle  peut provoquer à terme des situations assez complexes.

Sur ce plan, l'inexpérience ne me semble pas être un problème de la part de personnes dont le quotidien est de réagir, s'adapter à un environnement socio-économique particulier avec une culture du résultat ancrée dans le monde réel.

Par contre, et comme un effet de ce rajeunissement augmenté de la capacité d'autonomie acquise culturellement par ce personnel nouveau, nous avons des chances de voir s'activer le symétrique inverse de ce monolithisme dogmatique et discipliné qui ont fait l'immobilisme "up to down" d'avant. S'il faut s'en réjouir à bien des égards, cette valeur ajoutée de l'autonomie risque de créer des situations assez  contrastées voire conflictuelles lors du passage de textes en face desquels cette classe nouvelle réagira sûrement avec une part beaucoup plus importante de conviction personnelle que de discipline partisane, discipline d'ailleurs à avoir au sein d'un parti qui n'existe pas –ou pas encore- comme tel. Un changement, si cela se confirme, qui nous montrera des représentants voter plus librement qu'avant; en leur âme et conscience. Mais quel sens aura leur mandat? Quels mandants, d'une circonscription à une autre représentent-ils réellement? Plutôt progressistes, plutôt conservateurs? La mosaïque qu'est la composition sociale des mandants LReM, sans doute très composite, comme ses systèmes de valeurs et de références politiques, risque de rendre les débats difficiles et confus.

Le risque viendrait alors de situations de dissidences, de recomposition au cas par cas d'une majorité, révélant qui sait? Une composition plus hétéroclite qu'on ne pourrait le soupçonner. Rien de négatif à priori à tout cela si le seul risque pris est celui de la réalité, de la sincérité de la conviction des membres de ce futur parti. Sera-t-il celui de l'exécutif, qui aura éventuellement d'autres objectifs en tête? 

Ma conviction? Nous entrons  –très provisoirement-  dans une démocratie du cas par cas. Consacre t-elle de ce fait la fin des idéologies au profit des pragmatismes de l'utilité? Je ne suis pas sûr qu'au contraire cette période de volatilité possible ne place à l'inverse les critères des nouvelles générations sur de bonnes assises de la clarté, d'une expression progressive plus claire de la finalité de ce que devrait être leur société… Nous serions donc avec cette nouvelle situation, aux aurores d'une étape de transition. Avec les yeux du monde réglés sur nous?

Au fond, il faut bien que le génie de la créativité politique français se signale de temps en temps. C'est bon pour le moral, le nôtre au moins.

A moins que ce ne soit le contraire… En fait, le meilleur garant de ce que l'on craint d'un régime Macron se niche peut-être bien chez ses propres troupes.