épisode d'un premier jour

26/11/2014 15:27

Épisode d’un premier jour…                  Il est sept heures sous la pluie fine de la morosité, incessante et fraîche. J’attends sur le quai, comme la multitude avec moi, le train de la croissance, qui doit s’arrêter chez nous. Ce que nous ont dit les politic-opérator, lorsqu’ils nous ont vendu nos places. Payées par prélèvements fiscaux, en général… Au loin, sur une autre voie, le sifflement aigu d’un nouveau train de mesures.

La tension monte et connaît une forte croissance, elle… Le peuple ne comprend plus les politic-opérators qui regardent les démagogues ne rien comprendre ni aux politiques ni au peuple. Dans les diffuseurs d’annonces, sur nos têtes au loin, une chanson rappeuse qui dit en substance : 

«  Croissance définitivement partie,

Et ressources épuisées.

L’utilité est morte.

Qu’advienne la rareté ! », 

Dernier succès des rappeurs le « Chœur des Profiteurs », à la gloire de leurs paradis.

Je ne sais pourquoi, mais les perspectives les plus sombres n’inquiètent personne. Nous vivons enfin dans le présent ! Présent qui nous contraint à l’attente. Alors soyons optimistes : regardons ailleurs ! Mais la tension monte ; voir les politiques se contester eux-mêmes pour rester ainsi dans les préoccupations du peuple, fait les beaux jours de la philodoxie ; nous attendons tous en nous posant diverses questions, dont le présent nous dit qu’elles n’ont pas de réponses. Il n’y a donc pas lieu de se les poser. Et je me demande, pour passer le temps, comme on fait avec les devinettes entre gamins. Quelles est la différence entre technocrates de droite, et technocrates de gauche? 

…..

Un technocrate de gauche veut nous rendre plus riche, celui de droite, moins pauvres. Ils nous rendent à gauche, plus pauvres, à droite moins riches.

Je me dis ensuite qu’il y a une grande force à croire en quelque chose, à partir du moment où l’on sait en quoi croire. Il faut donc savoir, pour croire. Et que savons-nous ? Justement : ce que nous croyons savoir. Croire ce que l’on sait ou savoir ce que l’on croit ce n’est pas la même chose. Prudence et raison, permettent éventuellement de la savoir. Du moins je le crois.

Je suis comme beaucoup ; je n’aime pas attendre, et comme je ne crois pas, puisque je ne sais pas en quoi croire, à ce que disent ceux qui croient savoir, tout en y croyant pas, puisqu’eux-mêmes ne savent pas si leur savoir est crédible, je me dis : bienvenue à nous tous, dans le monde du probable. 

Les rengaines publicitaires déroulent dans l’indifférence leurs alléluias en images toujours ensoleillées, les produits-qui-rendent-heureux s’oublient si facilement dans le quotidien. Le bonheur qui se vend est finalement intemporel. Mais les voies sont vides, et passé huit heures nous savons  qu’il ne faudra plus attendre. La journée passée, nous suivrons le vingt-heures-toujours-à-l’heure, pour savoir si on l’a enfin vu arriver quelque part, si nous nous trouvons sur son trajet.

Voici enfin, le train des obligations quotidiennes, celui qu’à huit heures nous prenons, qui ne manque lui jamais d’être à l’heure…