la politique, le politique...

01/10/2013 17:38

La politique. Le politique …

 

La meilleure façon de nous représenter ce qu’il est important de défendre, ce à quoi il faut s’attacher, ce qu’il faut éliminer de nos préoccupations comme sujets mineurs, consiste bien à penser à nos enfants. A nos petits enfants. En somme à penser à l’avenir en termes de responsabilités que nous avons de l’héritage que nous allons leur laisser. Nous voilà loin en somme de ce qui constitue notre univers quotidien, celui des objets du confort, de nos fins de mois, de notre fin de moi. Les alertes ont été nombreuses, les ouvrages de tout ordre en ont établi maintes facettes. Nous n’en avons pas pour autant découvert les clefs du passage à l’acte. Évacuons d’emblée les nombreux récits que l’on nous fait de l’égoïsme, de l’individualisme,  qui ne sont ni plus ni moins ceux qui ont toujours existé. Diversion mineure. En réalité nous allons trop vite pour pouvoir nous arrêter brutalement. Ce qui n’est pas une raison pour ne pas freiner. Concluons la métaphore en disant que nous ne savons pas où est la pédale de frein. L’essentiel de ce qui me préoccupe tient dans le prédicat suivant : les grands bouleversements ne se font que quand  ils se sont eux-mêmes en place dans la tête des gens. Quand ils se conjuguent aussi avec les moments de détresse. Ce qui fut le sens à mon avis, des événements Tunisiens, où le sacrifice d un seul a pris l’explosion du désespoir des autres en charge, les réseaux surpassant ensuite les artefacts de la dictature. Là se trouve la « puissance de la multitude » spinozienne. J’aime ce concept par ce qu’il reflète ce que nous sommes en même temps que ce que nous ignorons de nous même. En fait notre puissance. Pour en arriver au fond de ma réflexion,  le suivant :

L’affirmation progressive des réseaux, la communication horizontale sur tous sujets, augmentés de la pression de notre inquiétude,  constituera le premier acte politique, relativisant par la même les intermédiations classiques de la démocratie. Nous aurons donc côte à côte l’état de fait du politique, ajouté à ceux de la politique. Longtemps dans la culture de sa philosophie la multitude fut un objet, peuple soumis à la clairvoyance des élites. Pourtant, le foisonnement par imprégnation, le syncrétisme des cultures qui se confrontent, sa transnationalité, fondent une universalité spontanée qui font maintenant de la multitude un sujet. Sa force s’impose comme un ordre plus étendu, à celui de la politique restreinte à l’état nation, à l’alternance du pouvoir.

Réinvestir le politique ne consiste pas donc à revendiquer un acte volontaire, mais une prise de conscience selon laquelle les éléments de ce renversement est en nous. En nous parce qu’avant la politique. En nous comme un préalable. Faut-il avant procéder à la décantation, la requalification de ce dont nous avons hérité, du siècle des lumières et la lente construction républicaine devant sans doute avoir lieu ? Ou la dégradation des conditions de l’avenir nous l’imposera t-elle ? Ce qui se résume en : la reconsidération radicale de nos modèles. Par là, de nos modèles politiques aussi.

Fin de l’idolâtrie de la croissance, de notre dépendance à notre propre malheur, si ce n’est à notre propre suicide. L’essentiel n’étant pas de se tromper, ce qui revient à présupposer une vérité, mais bien de veiller à cesser de nous tromper nous-mêmes en nous énonçant de fausses évidences. L’ignorance n’est pas une omission, mais une dynamique. Construire un discours, un récit rationnel et « vrai » d’une réalité, pour nous cacher nos peurs est bien ce que l’on retient actuellement de l’ «offre » politique. Un artefact consumériste.

Fin de l’idolâtrie de la nature depuis que nous avons inventé l’environnement comme substitut à ce que nous croyions de sa puissance déchue. Le tonnerre et la foudre ne sont plus divinisés. Ils sont expliqués. Préservation de la matrice se conjugue désormais avec celle de nos intérêts à la maintenir pour l’exploiter. 

 

Dans cette rupture nécessaire à comprendre sans doute ce qui se passe, il y a aussi au cœur de notre entendement le fait politique lui-même, avec une rupture sémantique à consommer du fait de l’évolution de nos habitudes, de nos techniques et de l’individualisation de nos moyens de communication. Très vite certains ont distingué ce qui se différenciait entre média de masse et mass-médias (R. Castels) en qualifiant cette émergence comme une forme progressivement autonome dans la chaîne de la communication sociale. Les effets à terme n’en seront probablement pas négligeables, car la manière dont le consensus social sera formé en sera  bouleversé. Plus d’intermédiation politique, celle qui fait la politique, et apparition du fait politique comme celle de cette autonomie. Encore la fin annoncée d’une assise de notre système.

 

Fin des idolâtries philodoxales, de la philodoxie, cette croyance en la réalité chiffrée, où la politique calque son mode opératoire sur les marchés économiques et passe son temps, quelques soient ses intentions, bonnes, mauvaises, stupides, à répondre au développement gestionnaire des « besoins » sociaux, tels que les lui commande l’économie de marché. Le culte de la doxa, en gros de l’opinion, prisonnier des mécanismes qui sont ceux des approches technocratiques, ne mène en rien à affronter l’avenir et ne nous y prépare pas. Nous sommes loin en cela de la démagogie simplette qui d’ailleurs s’épuise en naissant dans notre contexte politique, ou ce populisme dont on ne sait pas trop en quoi il consiste. Le canal préférentiel de la philodoxie technocratique est ce magnifique et constant souci de la réponse à ce qu’elle conçoit elle-même des besoins de l’opinion, transformés par là même, dans un process autoréalisateur, en besoin tout cours des membres de la société. D’où cette fuite en avant permanente à laquelle on assiste  de la part du sérail dans son adresse à l’opinion, en termes de service, de réponse à l’offre politique.

 

Fin nécessaire de notre dépendance économique, qui condamne les politiques à gérer les problèmes du monde à la marge de l’espace que l’économie des « marchés » leur laisse, c'est-à-dire la restriction des économies locales, ce qui nous appauvrit au profit de la pérennité de la rente. Peu à peu se pose cette question des rapports de puissance, entre un marché dominant et une balkanisation des puissances politiques nationales désarmées devant les évolutions que celui-ci leur impose. Surtout les états faibles peu développés, victimes essentielles de cette puissance. Le jour où cette question sera véritablement posée,  le dilemme des rapports de puissance héritera peut-être, on peut en émettre raisonnablement l’hypothèse, d’une triangulation de rapports de force, entre les états nationaux, le marché, et une opinion ayant conquis son autonomie de représentation et de réaction, en utilisant pleinement les outils de communications qui sont les siens.

 

Ce qui n’est pas une utopie. Ni un rêve, ni sans doute une élucubration. Nous en avons eu des signaux divers. L’internet reste un outil de dépassement dont quelques uns déjà ont fait une pleine exploitation. Les institutions s’en sont émues comme un risque pour la philodoxie. Bref, si l’on ne construit rien sur des réactions à un état politique existant et insatisfaisant, rien ne mobilise l’opinion, les citoyens, qui ne puisse contenir des alternatives comme conditions préalables; en somme que les raisons de réagir naissent et existent dans les têtes comme un objectif. Ils ne sont pas clairs pour le moment. D’autant plus qu’en convergence de temps, l’époque imposera qu’elle ait un caractère universel, mais pas à notre manière, plutôt de manière syncrétique et multiculturelle.

 

                                                           A suivre …