le programmisme
Le programmisme
Qu'est-ce que le programmisme ou comment remplir le vide ? Voilà une campagne présidentielle obsédée par la présentation des programmes des candidats. Au point que ne pas en avoir passe pour une incongruité, une impolitesse politique. Une situation logique somme toute à notre époque de consumérisme. Nous voilà capables, grâce à leurs publications, de comparer points par points le rapport qualité-prix des solutions proposées, et choisir enfin celui dont nous pensons qu'il nous propose le meilleur produit pour que tout aille pour le mieux. Seulement, les programmes sont peu lus, et ne paraissent faire les beaux jours des experts qui prennent en main nos intérêts de 60 millions de consommateurs politiques. Commentaires à perte de vue. Et celui-là, qui n'a toujours pas de programme! Que les citoyens, relativement nombreux, ne s'intéressent que de loin à cette "offre" des candidats dénote une contradiction non paradoxale. Les assemblages programmatiques ne sont jamais exécutés par la suite, se disent-ils d'abord. Expériences passées obligent. Et dans un climat de dégradation de l'image politique ensuite, celle de l'impuissance n'y contribue t-elle pas? Impuissance face à nos créanciers extérieurs, aux puissances monopolistiques, impuissance intérieure sur les sujets économiques dépendants d'une croissance qui ne reviendra pas du fait de nos efforts propres ?
Mais où donc la logique de l'"offre" programmatique nous conduit-elle ? À nous rassurer, et croire que nous voterons pour quelque chose ? Ce n'est pas mon cas… Nous ne voterons principalement que pour ce que nous ne voulons pas. Car ne faire que du paramétrique est une régression… La réalité des contradictions actuelles ne peut souffrir une telle restriction de notre champ de vision, qui ne nous conduit qu'à renforcer un présupposé a-politique, au sens où il prive justement son objet de toute dimension politique. Le bon vieux pragmatisme est là, en embuscade qui veille: inutile de penser complexe. Inutile de nous perdre notre temps hors d'une démarche de correction quand il est sous-entendu pour tout le monde que corriger ce qui est, suffit. Ainsi, nos hommes politiques font de la politique sans faire de politique.
Quant aux citoyens, j'avancerai ce que je pense du consensus: un état d'équilibre obtenu en taisant ce qui fait des désaccords. Croyons-nous que la politique se définit par des affrontements d'idées? Les avons-nous vues quelque part ces dernières années, ce temps que justement l'opinion résume par cette absence de différence dans les politiques suivies et la fin probable des partis d'opinion? Le programmisme politique est là… Concentrons-nous sur le paramétrique, c'est concret, pratique et réel. Ainsi n'avons-nous plus devant nous aucune perspective qui nous désigne un point d'horizon, un but à atteindre… En avez-vous perçu un?