l'invention de l'ennemi

06/11/2018 11:26

Les élections de midterms arrivent aux USA, consacrent une stratégie vieille comme le monde, destinée à mobiliser sur des axes aussi puissants que simples. L'invention de l'ennemi, ou, sous d'autres formes, la stratégie de la tension, consiste à désigner comme sources de tous les maux des groupes ou des personnes censées comploter à la perte de la cohésion sociale.

Désigner un ennemi est une mécanique implacable, dont on trouve un funeste exemple dans notre société occidentale naissante avec l'inquisition. Cette stratégie accompagne toujours les conquêtes de pouvoir de régimes totalitaires, car c'est une arme politique d'anticipation de ce qui pourrait s'opposer. Tout est alors question d'adhésion de la multitude à la causalité qui construit la désignation de l'ennemi. D'autant plus que toute tentative de justification ou défense des groupes mis en cause apparaît comme l'aveu d'une culpabilité, les amalgames, sophismes et autres procédés se chargeant de retourner la défense en occasion de charge supplémentaire.

Voir ce système se restaurer par des responsables politiques est inquiétant. "Make América great again" désignait déjà le monde comme ennemi, et générait l'adhésion de la multitude des laissés pour compte trouvant là l'explication à leurs propres désillusion. Mais le problème de ce genre de stratégie, totalitaire en herbe, est qu'elle demande à être attisée en permanence. Cet aspect théâtral et outrancier d'un Trump qui paraît être en permanence en campagne électorale pousse à l'escalade. A la suite de ces élections, quelles seront les  stratégies nouvelles conformes à l'invention de l'ennemi que Trump sera obligé de mettre en œuvre pour garder la tension à son niveau ?

Sans remonter aux stratégies bien réglées des régimes totalitaires entourant la période de la dernière guerre mondiale, l'affaire irakienne en montre un autre exemple.

L'invention de la désinformation n'est pas nouvelle. Mais sa maximalisation sur les réseaux sociaux, oui. Avec une efficacité d'autant plus grande qu'elle se fait sous des moyens qui sont les mêmes que les nôtres… Ouvrir un compte, une page, etc. … Une forme inédite et non violente, qui n'exige plus la puissance armée de l'approche totalitaire d'avant. Mais la fabrication d'un monde où la vérité comme recherche n'impose plus ses exigences de rigueur et de certitude. Les fabriques du doute des grands monopoles, produisent des rapports scientifiques mensongers, les médias qui "peopolisent" si l'on peut dire, la politique, assimilent la vérité à une conjoncture fabriquée pour l'audience.

L'invention de la vérité précède l'invention de l'ennemi. Le rythme auquel ces stratégies s'enchaînent pour renégocier un avenir favorable aux puissants s'accélère, et demandera à ceux qui fondent le lien démocratique sur la lucidité et le retour de pertinence dans la lecture des faits, de renégocier en permanence leur attachement au fond contre l'illusion de la forme.