Mêmité, ipséité, altérité ...
Mêmité, ipséité, altérité......
Mêmité, ipséité, altérité, essence du politique ? … Notre citoyen ordinaire trouvait difficile de remplir cet espace entre les hommes de liens qui soient perceptibles voire tangibles…Chez les auteurs de référence, ceux qui à son avis avaient été les plus profonds sur les questions de l’identité (il pensait entre autres à Lévinas et Ricœur), il avait bien trouvé de quoi en extraire l’articulation nourricière. Mais le point de vue du politique lui semblait plus complexe à y investir encore que bien assimiler les subtilités des nuances infinies de l’identité, faites de mêmité, d’ipséité et d’altérité notamment, pour expliquer la formation sur de multiples plans de quelque chose qui nous semblait si spontanément relever de l’unité parfaite. Néanmoins, « le problème de l’identité personnelle constitue à mes yeux le lieu privilégié de la confrontation entre les deux usages majeurs du concept d’identité » (P. Ricœur), autrement dit un assemblage composite d’une même unité défini par une permanence inéluctable. Cet état d’équilibre, si l’on peut dire, entre mêmité ipséité et altérité, nous immerge dans une dialectique à bien comprendre, et surtout par ce qui fait problème dans cette confrontation, à savoir la « permanence dans le temps », sur laquelle il la fonde. C’est en quelque sorte politiquement la mienne se disait François, un modèle possible dont le politique est redevable au titre de cet espace entre les hommes. Nous aurions là son mode de constitution, avec sans doute tous les éléments de fragilité que peuvent comporter ces assemblages pour l’unité du lien. Il faudrait établir un parallèle terme à terme, d’autant plus périlleux bien sûr pour en effectuer la mesure qu’il faudrait examiner comment altérité, mêmité ou ipséité s’investiraient chacun dans la cohérence et solidité de ce lien. En espérant ne pas trahir à l’occasion le sens originel que les auteurs leur donnent. Ainsi, la mêmité renvoyant à l’égalité de tous les hommes, l’ipséité au respect conjoint de la liberté d’autrui, et l’altérité à l’extériorité de l’autre, tels que l’on pourrait les comprendre chacun, forment cette permanence irréductible, dans laquelle puisse se vérifier la solidité du lien démocratique. Ainsi se formerait l’identité individuelle du citoyen, aspect particulier de cette complexe articulation de l’espace entre les hommes.
Curieusement, François avait eu la représentation d’une coïncidence troublante que l’histoire avait apportée avant ça à cette conception de l’identité. Au fond, il avait eu non sans ce plaisir certain d’une découverte proche de la révélation, l’idée établir un parallèle entre notre glorieuse devise républicaine : liberté, égalité, fraternité et cette trilogie. Il se disait : l’ipséité est liberté, fruit de la conscience de l’identique position « naturelle » de chaque homme vis-à-vis des autres, dont l’interdiction de l’assujettissement par autrui constitue la reconnaissance fondatrice. La mêmité, celui de la conscience d’un autre identique à moi, portant ainsi une part au moins symbolique de mon identité, de ce que je suis dans la communauté et interdit donc ce même assujettissement, enfin l’altérité, faite de la conscience de l’impossibilité que je sois totalement autre, m’imposant cette extériorité qui limite une telle fusion à la fraternité…
Au fond, François se représentait cette triangulation comme une figure assez juste de ce que devait être l’état du le. Tout triangle ayant un centre de gravité en son centre, le triangle équilatéral en était la version la plus stable. Les trois sommets, devaient donc en rester toujours en place, à égale distance de ce centre. Si l’un des paramètres, l’un des sommets, venait à perdre de l’importance, à se rapprocher des autres, on verrait alors un triangle très plat perdre sa stabilité. Être en danger, en grande fragilité…
Voilà comment notre citoyen comprenait enfin ces devises, autrement qu’à travers les explications historiques et philosophiques dont certaines lui paraissaient si vaporeuses ou tout au moins si galvaudées par les réductions de leurs interprétations courantes et médiatiques, qu’il ne les entendait plus. Il tenait là, une sorte de réalité, une mesure et non de vagues principes. Car, se disait-il, cet espace entre les hommes si bien défini par Hannah Arendt, trouvait son explication dans ce qu’elle-même développait dans le désert et l’isolement, qui résultait bien lui, à chaque moment critique de l’histoire, de la dégradation d’un ou plusieurs de ces trois paramètres. Au fond, chacun devait se voir maintenu en qualité. Aucun ne pourrait jamais souffrir d’être négligé par les efforts de la démocratie, les lois républicaines et donc, l’ajustement du bien commun.