Sortie d'anesthésie?
Sortie d’anesthésie?
Notre Europe, notre pays viennent d'enchaîner sans répits trois évènements qui menacent l'avenir. Sur le temps court, conjoncturel probablement, ceux d'attentats ignobles du parti des assassins, jeunes, délinquants et manipulés à distance par des fanatiques dont l'ignorance confirme hélas la bêtise; de quoi provoquer l'interrogation sur ce nous espérions de notre influence civilisationnelle: la disparition des barbaries primitives. Sur un temps indéterminé ensuite car il ne s'agit que d'un début, les vagues de réfugiés et d'immigrés à nos frontières; de quoi sentir l'arrière goût des échecs de ces mêmes courants d'influences. Sur le temps long enfin, les représentations sérieuses parce que définitivement établies et incontestables des conséquences climatiques de notre course au développement: de quoi mesurer l'impact négatif de nos modèles. Ces trois événements enchaînés peuvent: soit nous amener à réagir sans les associer et les assimiler à des hasards malheureux mais sans liens, soit à en faire une lecture qui au contraire se comprenne comme une sorte de passage, nous obligeant à travers cette convergence dramatique à mettre fin à notre léthargie. Comme une sortie d'anesthésie, nous ouvrant les yeux sur un seul et même problème : la conscience qu'il faut en partager.
L’anesthésie a pour but d’inhiber les fonctions vitales d’alerte, de douleur par exemple, de manière à pouvoir opérer sur d’autres fonctions et organes du corps. Son sens figuré signifie se mettre hors d'atteintes par un procédé mental quelconque, de souffrances, ou de situations redoutées, comme quand on parle d'évitement, d'omissions, de refoulements, etc.…. Les tensions que nous vivons actuellement, des plus pernicieuses aux plus violentes, exigeraient de nous supposer une capacité de soudaine lucidité, plus qu'improbable; nous ne l’avons pas, noyés dans cette sorte d'idéalisme sans épaisseur qui nous fait regretter que les choses ne soient pas ce qu'elles devraient être, sans plus…
Mais la marge de l'escamotage tolérable se réduit à chaque secousse. Cette insistance à rééditer la représentation de nos peurs jusqu’à la redondance, joue certes dans le sens d'un paradoxe: digérer les alertes pour permettre une reconstruction du réel à l'avantage de notre quiétude.
Ces sortes de boucles narratives, qui dans les médias exorcisent notre désarroi jusqu'à la redondance, montrent à quel point nous nous en sommes arrivés à un état de défaut de conscience sur ces sujets ; comme si une vérité pouvait advenir par la simple la répétition sous toutes ses formes possibles d'une même question, comme le font leurs "dossiers" à longueur d'émissions. En même temps, de tous les côtés sur tous sujets, ce que nous étouffons en permanence par cette transformation fictionnelle de la réalité, nous bouscule et nous rappelle à son versant tangible. Les chocs émotionnels nous sortent brutalement de cette sorte d’état d’évitement récurrent, en concrétisant la distance entre le monde extérieur et intérieur hostile et notre course au confort; en clair, notre dépendance aux innombrables vecteurs de développement que nous cessons de vouloir, pour le confirmer. Une véritable convergence d’éléments se retournent peu à peu et inexorablement contre nous, sans ne pouvoir plus être traitée de manière « paramétrique » pourrait-on dire ; comme de simples réformes, donc. Notre lent réveil, principalement sous la pression des catastrophes ou de ces faits violents immédiats, ceux plus inertes qui s’annoncent comme à propos du climat, confirme à mon sens une pratique du brouillage très savant d'un monde qui n’est pas celui que nous rêvons, et dont nous rêvons. Il a évolué en restant primitif, à la faveur de notre inconscience.
Bientôt d'ailleurs sur un tout autre plan, les grands monopoles, prédateurs-destructeurs-réparateurs arriveront à la COP21 la main sur le cœur, -pourquoi pas?- en nous démontrant qu'eux aussi vont s'engager pour la (leur) planète. Et pourquoi pas au fond, pour parfaire une telle trajectoire à l'occasion de ce genre de confusion un Monsanto écologiste, archétype d’une nouvelle stratégie de la boucle déstructuration-réparation? Cet alibi moral pour une maximalisation du profit bien sûr, nous n'éviterons pas que les politiques du monde réunis là, fassent semblant d'y croire. Encore un marqueur de nos contradictions ; culte de la croissance oblige. Car il faut s'attendre à voir les destructeurs-pollueurs être bientôt les seuls à pouvoir se mettre à l'échelle économique des réparations planétaires nécessaires, avoir l’information exacte sur les risques et dégradation de ce qu’ils produisent, et développer par-là d’autant plus aisément leurs niches de profits supplémentaires. D’où cette hypothèse (en principe) surréaliste : l'encouragement des monopoles de la chimie, de l'agro-alimentaire, de l'énergie et des autres à ne rien faire en amont qui réduise cette filière d'avenir aurait un objectif inavouable : laisser la dégradation se nourrir de notre addiction au confort pour en faire la source de nouvelles activités lucratives. L’inertie reste le meilleur outil. Il suffit d'être aux grands rendez-vous et de neutraliser la critique par l'affichage d'actions vertueuses. Peut-on y croire? Peu importe, les états d'inspiration libérale, en leur déléguant cette tâche bientôt hors de portée de leurs budgets, trouveront les arguments qu'il faut pour fermer les yeux; un de ces arguments s'appelle déjà: durable…
Il peut sembler que mettre en balance la terreur rouge et la terreur blanche procède encore d’une problématique des plus saugrenues. Nos filtres en font des problèmes distincts, dont le sang reste la frontière. En termes de dégâts humains, est-on sûrs que le résultat ne soit pas inverse ? De charybde à scylla les faits s’enchaînent de moins en moins distinctement. Nous sommes assiégés.
Le réel et l’illusoire, ce que nous en savons et ce que nous en croyons se partagent donc nos consciences d’une drôle de façon dans notre modernité informationnelle. Cette virtualité dont nous vivons en nous racontant le vrai sur le mode de la fiction et produisant des fictions comme du réel, va peut-être cesser de fonctionner dans le sens d’un cautionnement de notre société du confort. Nos représentants nous ont rendu ce mauvais service de ne se considérer que comme nos agents dans ce domaine, chargés de développer une fiction dont il va falloir sortir par nous-mêmes. Ils s'obstinent d'ailleurs.
Face au constat de l’état du monde et de l’inefficience des états « gérant » nos démocraties, l'idée qu'il n'y a plus d'espoir que du côté de l'initiative citoyenne pénètre l'opinion, se généralise à l'occasion de toutes les démissions qu’accumulent ces états. Par-là, l'affaiblissement que la démocratie représentative avoue maintenant et plus qu'avant, sa perte de puissance. Par ailleurs, trop d'économie nous a nuit. Nous n'avons plus l'élan politique qui nous permettrait d'échapper à la vacuité structurelle qu'exige l'omniprésence des critères économiques de choix de société; ceux qui d'ailleurs nous poussent toujours un peu plus dans les pièges de la prédation. C’est sans le savoir que les élites et les classes politiques successives sont en train de transférer la lucidité nécessaire et la justesse de la substance politique aux citoyens qui eux, seuls, se trouvent acculés à "compter sur leurs propres forces"… Que pense un pauvre quand il comprend que la croissance est un mythe utile, et qu'il voit son statut de blessé de l'économie évoluer vers celui de laissé pour compte?
L'avenir est là; dans la reconstruction par la base de notre désir d'être ensembles, le seul qui enrichisse de sens tout le reste, parce que nous sentons cette nécessité –là nous pousser dans le dos, comme une pointe de baïonnette…. Et le constat que je viens de faire n’a de sens que mis en perspective. Il ne s’agit pas simplement de rechercher à percevoir la fin et les signaux faibles de cette fin comme ceux des axes d’une reconstruction, et de bramer sur le fait qu'il faille trouver des idées nouvelles en attendant qu'un écho nous renvoie la solution, mais de s’ouvrir à des questions nouvelles; avant tout. Commencer par considérer comme une hypothèse valable que la forme républicaine, démocratique n’est pas immuable. La forme, pas le désir. Mais le désir lui, pétrit sa matière du désir de l’autre comme le sien, dans les relations complexes de l’ipséité, de l’altérité, malgré ce qu'en disent ceux qui considèrent ça comme relevant de la métaphysique. Encore un filtre occultant. Que manifeste celui qui dépose une fleur sur les lieux du drame, sinon ce désir de voir l'autre –parti- comme lui-même? De rééditer "Je suis" Charlie? Il n’en reste pas moins que la fraternité, la liberté l’égalité, fondées comme désir de voir l’autre comme en moi mais hors de moi ont bien été fondatrices de droit. Comment aujourd’hui, réinvestir ce lien ? S’il a été conquis par nos aînés, il nous est acquis. Les déterminants de nos rapports à l’autre en ce sens, pacifiés, n’ont plus les mêmes socles. Ils échappent à leurs principes fondateurs et universalisant.
Une fois acquise et claire l'idée que la forme de nos ne sont pas figées dans l'éternité, il faudra alors prendre pour ça nos distances avec les lieux communs habituels sur l’individualisme, prendre conscience sans doute que ce type d’appréciation sert de bouclier idéologique à l'approche consumériste de l'économie –souvent des économistes- sans n'avoir aucune substance. Bien mesurer ensuite qu'une des grandes conquêtes de note siècle naissant soit bien l'effet de la puissance d'expression de chacun, de l'importance de ces "réseaux sociaux" qui constituent déjà un point de repère du journalisme des médias grand-public. Nous n’en sommes qu’aux prémices, et tout ceci va mûrir, muer, en servant espérons-le de base à cette reconstruction citoyenne; en tous cas, l'outil est déjà à portée, offrant l’opportunité d’une certaine autonomie individuelle, incitant naturellement chacun à s’exprimer et à partager. La contrepartie en sera sans doute caractérisée par la fin des démocraties pyramidales, fondées principalement sur le contrat de la représentation, et les risques que l’on constate dans son inadaptation aux grandes catégories du monde contemporain. Multiculturalisme, volatilité des engagements, développement des structures agrégatives plus qu’organisées et codifiées, allongement et contraction du temps social, dans un paradoxe que l’on constate justement déjà entre fulgurance des réactions aux évènements et leur délai d’assimilation. Temps qui tendait avant à être le même. Ceci nous engage t-il suffisamment vers la fin de notre sortie d’anesthésie, sacrifiant confort au reste ?
Les grands chocs du moment en stimulant une trajectoire du partage, que l’on néglige dans l’exercice de la routine quotidienne, renouent avec la rapidité des réactions collectives dans la communication d’une douleur qui ont toujours existées; une révolte qui met en défaut cette intoxication des thèmes libéraux sur l'individualisme… Une démonstration significative.
De fait la place de l’individu reste difficile à déterminer si l’on sort des divers contextes d’analyses tournant autour de nos comportements de consommateurs, de votants, ou autres catégories d’acteurs formatés. Nous ne sommes pas renseignés à travers ça, sur ce lien que nous souhaitons et dont l'espoir nous fabrique. D'un autre côté, et pour avoir tenté d'opposer une notion d'individuation à celle de l'individualisme, établir les conditions de l'exercice de l'ego dans nos sociétés actuelles qui soient suffisamment démonstratives de cette différence, j'ai toujours cherché à éviter de mobiliser à ce propos les concepts de dissociation ou de déréalisation, trop chargés de sens psychologique. Une dimension exclusive du reste, parce que la part du collectif dans l’individu ne nous est toujours pas suffisamment connue en précision.
Pourtant, la dérive de notre organisation sociale vers l'incontrôlable en rendant cette dernière anxiogène, conduit tout arbitrage entre notre savoir et croire dans l’impasse; mises à l'épreuve et désorganisation des valeurs en lesquelles nous croyons font face à une construction du savoir difficile, comme hors de portée. Et parler de croyance ne sous-entend pas foi religieuse, dogme ou mythe, mais de cet état irréductible du désir qui défie ou abonde dans le sens de la rationalité, quand celle-ci atteint ses limites: désir de liberté comme engagement des réflexions sur sa raison, désir d'égalité ou de fraternité de la même manière. Actuellement, ce que nous savons, ce que nous tentons d'apprendre pour y arriver, ne confirme pas plus qu'il n'infirme nos convictions. Le monde actuel y substitue la surinformation. Une contradiction portée entres autres par l’éducation des jeunes générations et que vivent nos enseignants qui ont du mal à contrer les effets de cette mise en désordre de la hiérarchie de nos valeurs...
Notre construction de la réalité relèverait donc aussi d’exigences nouvelles, qui ne peuvent plus n’être faites que de principes hérités du temps des conquêtes, ceux des lumières, mais doivent s'en extraire pour en intégrer celles de notre univers actuel. L’invocation fréquente et romantique en politique des lumières passées, pointe une certaine incapacité à y parvenir, à les déceler dans ce qui constitue notre environnement social présent. Peut-être que sous cette urgence, sous toutes les urgences, rien n’est assez mûr et clair encore de la société que nous voulons reconstruire, pour que nous soyons déjà capables d’échapper à une forme récurrente de déréalisation sur laquelle se greffe les chocs successifs ordinaires et extraordinaires de notre vie sociale. Sur ce plan, la dénonciation depuis vingt ans par les précurseurs de la dépendance consumériste, puis celle par d’autres pionniers de la dérive écologique, puis enfin celle des folies de la planète financière contribuent à distinguer au moins trois piliers majeurs de ce avec quoi il faut rompre, hors de tout factuel: génériquement si l'on peut dire. Mais sans vraiment désirer qu’ils durent, nous les subissons comme notre condition de confort, dans un compromis difficile, douloureux. Voilà ce quatrième pilier mis en doute avec l'arrivée des migrants de la pauvreté, de la guerre et de notre réchauffement climatique. Nous pouvons contenir les corps à nos frontières, ce qui ne suffira pas à contenir le problème moral qu'il nous pose. Gêne, embarras et bricolage d'arguments pour nous persuader qu'il s'agit d'un fait conjoncturel. Aisance morale qui ne nous cache que ce que nous savons déjà: ce n'est qu'un début. Déréalisation, quand tu nous tiens…
On peut envisager que le résultat chez chacun et au plan collectif d’une submersion immaîtrisée des esprits, génère et entretienne cet état permanent d’anxiété partagée, source de déréalisation. Le partage, sa verbalisation le contient, en posant peu à peu la nécessité d'une transformation. Il y aurait au fond dans cette convergence, les prolégomènes à la théorie qui la décrive: notre liberté ne serait plus liée à une discipline individuelle reconnue par et dans la collectivité, mais au contraire à une discipline de la collectivité donnant à rebours les limites de notre champ de liberté, au sens de nouvelles obligations civiques. Ce que d'ailleurs l'idéologie libérale tend à faire très paradoxalement, en affirmant le socle économique de la liberté individuelle, pour arriver à en faire une culture de cet individualisme qu'elle condamne sous le point de vue moral. De même, l’égalité ne serait plus reconnue seulement comme un droit naturel, mais corrigée par la pratique de l’équité, effaçant l’égalitarisme opaque qui fait les divisions sociales. Mais rien de ce projet philosophique n’est prêt dans ce sens ; nous ne voyons la plupart du temps qu’une condamnation des systèmes politiques en place, et aussi une longue suite de bilans très informés mais sans véritable ouverture sur des perspectives nouvelles. La manière dont je ressens cette pression au changement, à la transformation se joue en ce moment à la faveur d’un retour du partage, bien que partage entre individus d'une anxiété commune; c’est en étant toujours plus largement partagée pour être vue en face et tel quelle, sous le sentiment d’une urgence avant des échéances graves, que cette déréalisation, cet effet d’ignorance des conséquences de ce que nous produisons, va provoquer le besoin de ces perspectives. En ne connaissant rien des réflexions menées –il doit en exister, même partiellement- par l'ensemble des métiers de la psychologie qui puissent nous aider, à considérer le collectif, hors du chapitre des comportements individuels, comme producteur et sujet (acteur) sur ce plan- là, nous ne pouvons rien déduire de cette sortie éventuelle –partielle- d'une déréalisation, d'un retour forcé à la réalité..
Au-delà du drame, des drames, des dangers et des risques que nous vivons, sentir se renforcer notre capacité à voir cette transformation du monde s’amorcer, par l’universalité des réactions, rassure. La compassion, cette forme de partage sans doute très primitive mais essentielle, nous revient en écho de notre sentiment d’injustice, mais pas seulement ; sans doute aussi y a-t-il derrière ça le sentiment de partager à cette occasion ce tronc commun de problèmes dont ceux du climat, de l'usurpation financière, de notre développement ne sont qu’un aspect immédiat.
Ce qui infirme ce que j’ai souvent pensé, comme beaucoup: que nous en savions d'autant moins que nous étions plus abondamment informés. Que la masse immédiate et pratiquement simultanée des informations que nous recevions, comme de vivre en direct les évènements dramatiques récents, inhibe la distance qu'il faut pour comprendre ce dont il s'agit, comprime le temps nécessaire à mûrir ce qui nous est livré, en nous offrant avec l'appui des mass-médias, au compassionnel, comme une autre manière de ne pas prendre nos distances, finalement. même si j'ai mis un certain temps à interpréter l'agacement que j'éprouvais devant les images de gens en détresse et en désarroi, en larmes, sur fond de musique ou de chansons romantiques muettes concluant le 20h., car la compassion des gens n’est pas celle de cette contribution-là, sincère ou fabriquée (je la trouve sans respect pour la douleur des gens directement touchés dans la mesure où elle met leur image en scène) Cette perte d'acuité n’est pas aussi clairement due au bruit de l'information. Il vient d'une culture de l'archivage, une manière d'ignorer à quoi renvoie ce que nous vivons; une actualité chassant l'autre…
D'un autre côté, le recours incessant à l'expertise surajoute à ça un excédent d'informations qualifiées et spécialisées qui, au contraire d'un diagnostic heuristique, exerce une sorte de fascination anxiogène. Comme en matière d’action sur le désir en consommation, ce fictif-là nous immerge au plus profond d'une réalité recomposée, vécue dans l’artifice d’un à postériori ingouvernable. La réalité virtuelle ne peut que retourner au non-sens final du virtuel, aiguisant toutefois un désir de comprendre qui ne vient pas. Comme une sorte d’addiction, analogue à l’appétit de consommer, nous livrant à une sorte d'impuissance à agir. Notre propre travail intérieur, celui-là même qui définit notre niveau d’autonomie, en devient d’autant plus difficile, dans la mesure où les pistes de l'engagement restent floues. Dans ce contexte, chacun s’adresse à des individus qui, autour de lui, partagent cet état d'incertitude. L'Autre, cette personne qui s'incarne aussi dans le collectif, donnera t-elle elle du sens à mon questionnement, en perpétuant une culture du partage?
Même si notre culture de la représentation, du récit, nous plonge voire nous enferme dans la position passive de la fiction, il n’en reste pas moins que le partage lui n'est en aucun cas réductible à cette non-distance, et se forme dans la dimension du réel. Cette seule base représente une constante reproductible qui traduise en part de réalité cette anxiété globale actuelle qui nous réunit et le fera sans doute à toute occasion majeure. Une raison d’espérer en une capacité à ne plus subir, sous une forme que nous ne soupçonnons pas vraiment comme telle, en tout cas pour ma part puisqu'il s'agit de ce que suppose… Mais si les faits, les évènements produisent certaines émergences qui ne sont elles que celles de nos consciences je reste convaincu qu'elles le sont que parce qu'un terrain favorable structure préalablement les constantes de l'effet de déréalisation, de refuge dans cette réalité raisonnée mais fictionnelle. Regarder notre quotidien suffit.
Trois catégories dans lesquelles ce quotidien collectif est immergé suffisent à composer ce que j'appellerai à défaut d'autre nom, notre anesthésie universelle:
Le mythe de la croissance et du développement.
La fin des structures pyramidales.
La dictature de l’homogénéisation mondiale