Où est l'altérité?
Où est l'altérité?
La logique de l'altérité est intrinsèque à la formation de toute société, et non postérieure, car sans qu'au moins la conscience du statut de l'autre ne soit en place chez chacun, il ne peut y avoir de relation constructive avec autrui, quelle que soit d'ailleurs la forme morale et les références éthique qui la reflèteront explicitement par la suite, dans les échanges, rituels et croyances.
L'altérité comme conscience de l'autre n'est dont pas l'effet d'une croyance mais au contraire l'élément global et structurant de toute relation préalable à son existence.
Affirmer que toute croyance génère de son fait, comme sui generis, la conscience de l'altérité et ce sur les bases d'un dogme, est absurde et faux. C'est au contraire de cette inversion de causalité que viennent les difficultés que nous connaissons à l'occasion de la ré-intrusion actuelle de la problématique religieuse.
C'est comme cela, hors de toute importance ou jugement que l'on peut avoir par ailleurs sur la sincérité des gens qui croient, que le virus d'un faux questionnement, cette réimpression factice de la logique fondatrice de l'altérité infiltre le corps social. Nous pouvons ainsi assister sans surprise à des talk-shows organisés sur le thème du regret de la perte de ce sens de l'altérité; et voir comment, dans une société apaisée les instances religieuses, en tant que corps constitués, s'auto-désignent très naturellement comme source de réflexion salvatrices sur le sujet.
Le mal est là, fourni par les thèmes récurrents qui traversent nos sociétés laïques, en y réintroduisant en prédicat central un contre-sens des plus efficaces. Il pourrait s'énnoncer comme suit: l'individualisme est le fruit de sociétés où l'on ne croit plus à rien; et donc le siège de la destruction de l'altérité, que la foi, elle seule, est en mesure de refonder.
On sait à quel point je pense que ce thème de l'individualisme, de l'égoïsme est à ce point une prémice de la pensée totalitaire d'un nouveau genre. J'y oppose celui d'individuation, qui me semble beaucoup mieux correspondre à une mutation qui s'installe, fondée au contraire sur les capacités positives de l'individu et justement ce qu'il sous-entend comme exigence chez chacun de nous d'une réflexion portée sur l'altérité. Une réflexion débarrassée des exclusives sommaires des théologies diverses, des tautologies fondatrices de vérités excluant justement ceux qui ne les partagent pas.
Alors, comment justifier que des théologies fondées de cette manière, aient la moindre capacité à nous mener vers une paix quelconque? La logique de vérités révélées restent toujours, de toute manière et par définition, exclusives de toute autre … Avec une conséquence ingérable à terme en ce qui concerne le consensus interreligieux actuel: il aura obligatoirement une limite, et ne résoudra rien. Mais entre temps, il aura permis un retour et une présence congrégationnelle plus forte sur le plan politique, une affirmation communautaire mieux admise, brouillant encore mieux les efforts que nous devons faire, nous les citoyens, pour ouvrir notre propre réflexion dans ce domaine.
Ce ne sont pas des topiques morales et archaïques qui nous aideront à résoudre les problèmes actuels du monde, la crise globale dans laquelle il est: destructions économiques, solutions écologiques et restructuration de nos systèmes de représentation politique, nouveaux rapports avec le personnel politique. C'est par ce biais que la société moderne, celle que nous vivons, retrouvera les voies possibles de la qualité sociale: en résumé, revoir par elle-même, sa praxis, l'altérité, dans son acception multiculturelle, et surtout civile …
Enfin que la laïcité affirme: que tous les hommes qui croient vivent en paix, avec cette raison qui doit les guider: voir l'autre comme en moi-même n'est pas exiger qu'il me ressemble, mais qu'il puisse, comme je le souhaite à mon sujet, s'ouvrir à ce qu'il ne connaît pas comme un impératif incontournable à regarder l'autre.