Je suis grec,
ou la taftaïsation du monde.
Ce que je constate me rend particulièrement triste. Car j’observe dans le déroulement de cette crise, absolument tout ce que je redoute du futur.
Sous trois aspects principaux.
1 Le premier en est le principe généralisé de la prédation.
Prédation écologique, dont le symbole même est Monsanto, prédation financière qui n’est plus à établir, et la dernière qui chronologiquement confirme les autres, la prédation politique. Je n’arrive pas à voir le problème grec autrement que ça. Nous sommes bien loin des énoncés résiduels et contestables parfois semble t-il, d’une dimension économique de cette dette. Deux arguments forts pour moi : un, c’est que je n’ai jamais vu des créanciers s’acharner sur leurs débiteurs au point de le rendre totalement insolvables… Deux, l’action de l’eurogroupe, à mon avis, solde (provisoirement) tout espoir que nous avions pour la majorité formé d’une Europe à l’inverse de celle qui ouvre les portes à la prédation. La Grèce n’en serait-elle qu’une étape ? Nous voyons comment l’Europe du Sud est laissée seule, livrée à elle-même sur le problème de l’immigration sauvage.
2 Le deuxième aspect, outre la convergence de ces axes de la prédation, c’est qu’ils se caractérisent tous par le mépris total, donc de l’abandon comme éthique et contrainte d’action, du souci du bien commun. C’est ce que préparent les négociations internationales actuelles Tafta. Le bien commun attaquable aux noms d’intérêts qui lui échappent. Problématique la plus exclusive du champ politique, de la notion de souveraineté, de l’idée de nation comme entité de référence. « L’autorité » des créanciers en franchissant le cap de la raison économique, obéit à des objectifs de cohérence d’une action beaucoup plus large. L’assujettissement des systèmes politiques locaux aux critères taftaiens de l’organisation du monde.
Alors, qu’est-ce que la crise grecque ? Un formidable enjeu politique, qui est en train de nous tirer du sommeil, car il n’y aucune raison (du moins je n’en vois pas) pour que le principe de la prédation politique ne s’applique pas comme principe extensif de gestion des démocraties, les nôtres, réduites à cette seule consigne. Offrir les conditions d’un bon rendement aux créances détenues. Nous sommes déjà notés pour ça, principalement sur notre capacité à retrouver de la croissance pour pouvoir le faire…
3 le troisième aspect est celui de la profonde irresponsabilité sur le fond, de telles conduites. Non seulement elles détruisent ce qui fait la créativité d’un système politique, sa pérennité, une dynamique qui par essence n’est pas économique, mais encore mieux, assure l’ensemble des principes éthiques qui déterminent les catégories de la vie sociale, les notions de bien communs, liberté, justice, etc.
Je crains, comme en 2007 ce fut le cas, que les alertes lancées aujourd’hui se vérifient dans un avenir proche. La prochaine serait beaucoup plus meurtrière, arrivant dans un contexte de violence déjà très grand.