Ubu revient
RES-PUBLICA / RES-ECONOMICA

Les ancêtres des citoyens grecs actuels ont laissé depuis le siècle de Périclès notamment et pour les siècles suivant, le plus solide, profond et pérenne de tous les traités. Celui qu’ils nous ont légué, s’appelle : DEMOCRATIE.
Quelle que soit la forme que l’on pense devoir lui donner actuellement, et dont la crise actuelle met la question en avant, c’est par eux que nous est parvenue la piqûre de rappel. Une fois encore. La patience, l’expression du courage qu’il y a dans la réponse populaire, au-delà des faits montre la voie, très actuelle, dont il faudra dorénavant contrebalancer les systèmes institutionnels pris au piège de puissances contraignante en voie de captation du vrai pouvoir.
LES BOUTIQUIERS DU ROI UBU… Une équipe de petits boutiquiers, devançant cette tendance, ont été jusqu’au bout les comptables zélés de l’absurde, contournant les gestes de conciliations s’appuyant sur leurs propres propositions, affirmant par là l’enjeu final qui était le leur.
Mais les boutiquiers n’ont pas de pouvoir… Ils tiennent une boutique. C’est tout. Ils entretiennent leur clientèle avec l’empressement qu’il est nécessaire d’avoir pour la conserver. Mais ils ne produisent rien… Ils se plient aux circonstances. Je ne crois pas une minute à cette thèse du poids excessif de l’aile conservatrice allemande, pour laquelle tout ceci aurait été fait. À cette servitude, il en manque une autre de poids égal. C’est le destin des boutiquiers de ménager les fournisseurs comme les clients.
Le roi UBU a besoin d’auxiliaires. Rigides, inconscients, faussement raisonnables, pour faire l’assaisonnement de sa salade politique. C’est leur travail.
LA CONQUÊTE DU ROI UBU… Que l’Europe se réveille abasourdie par l’idée qu’en réalité elle n’existe pas, ne constitue pas une réelle surprise. Elle n’est pas l’enfant des peuples. Que les boutiquiers aient mis autant de zèle à bien le montrer, n’en est qu’une demie. On ne peut pourtant les incriminer, ce serait se tromper de cible. Ma « poésie » politique personnelle, en clair ce que j’imagine pour le futur, me dicte constamment qu’un antagonisme apparemment irréversible est engagé entre deux systèmes. Je ne le justifierai pas vraiment. J’abandonnerai cette tâche au rationalisme analytique des experts.
Nous sommes donc engagés dans une opposition inégale entre un système visible, écrit, consensuel et reconnu, celui de la Res-publica, et un système invisible, non écrit, non consensuel et non reconnu par aucune règle claire quelle qu’elle soit. Nous voyons la Res-économica surplomber comme une ombre sale, le monde clair et avoué de la démocratie.
Le cynisme des auxiliaires boutiquiers, leur attachement à déguiser leur impuissance dans ce combat les amène à cautionner les exigences même de la Res-économica. Ils nous les revendent comme des produits souhaitables à l’équilibre de la société. La croissance est notre destin. Alors chômons d’un même enthousiasme pour nous y conformer ! C’est le règne de la philodoxie.
En réalité, le carnaval du cynisme se joue à une échelle qui défie l’imaginaire. Le volume de l’évasion fiscale équivaut au cumul de la dette mondiale. La monnaie « officielle » des états ne représente que 5% environ de la monnaie totale dans le monde. Le reste est « scriptural ». Donc, dans les banques. Donc dans les mains de ceux qui spéculent. Donc dans le champ des risques que nous prenons, en fin de boucle, nous qui n’avons rien demandé, sinon les conditions d’une vie décente. Bref, si tout ceci commence à se savoir, ou du moins si la brutalité des situations est telle qu’elle rende chaque jour plus claire l’énormité de l’enjeu, pourrons-nous compter sur ceux qui sont là, constitutionnellement, pour nous défendre ?
Je suis très pessimiste. Ce sont nos propres systèmes politiques, qui en ayant « glissé » vers ce formalisme du « par défaut » vide de sens sont en cause.
LES ORPHELINS D’UBU…. Voilà le citoyen orphelin de tout système de défense en but à l’universalité métastasique de l’inconstitutionnelle Res-économica. Seul. Pris dans ce système par le simple fait qu’il est auxiliaire de la création de monnaie qui fait la pérennité du monde banquaire, et la force de la Res-économica. Ses conditions de vie sont telles que s’en abstraire n’est évidemment pas concevable. Avec comme réalité finale de principe l’endettement d’office de nos enfants. Le citoyen a comme devoir désormais d’endosser de génération en génération, des dettes d’état, dont il ne peut sanctionner l’opportunité, la philodoxie laissant faire.
Dans cette guerre sans arme, qui se sent pourtant dans la contrainte du quotidien, seule la réflexion commune est une arme en notre possession. Depuis le siècle de Périclès, elle est ce glaive et ce renouvellement de la démocratie. Une fois encore, REINVESTIR LE POLITIQUE comme champ de renouvellement de ce que nous voulons léguer à nos enfants s’affirme comme une urgence…
Pour finir, un Haïku de Maître Ryokan :
Le voleur a tout emporté,
Sauf la lune
Qui était à ma fenêtre….
Nous avons, depuis les grecques antiques, une lune que les voleurs ne nous revendront pas. Notre capacité à imaginer, pour réinventer la démocratie….