Vers la volatilité,  "l'espace-qui-est-entre-les-hommes" CH 4,  extrait

Vers la volatilité

                                             En politique le durable ne serait qu'un état provisoire, que le provisoire seul rend durable …

Le meilleur des systèmes politique ne sera jamais celui qui se conçoit comme définitif, mais au contraire celui qui doit sa pérennité à de la capacité à se remettre en cause. Un état provisoire, toujours mû par l'espoir. Les situations bloquées préparent les crises qui se répètent: réformisme timide, révoltes aveugles ou régimes autoritaires. Dans notre crise, la puissance de la multitude est sollicitée de manière nouvelle. Il n'y aura pas de révolte, en même temps qu'une coercition économique tendant à faire du politique son instrument ; une interrogation sur une rupture selon des schémas que nous ne soupçonnons sans doute pas, reste à venir, qui de toutes les manières ne répéteront aucune des histoires précédentes, mais en écriront une autre … Une de ses facettes peut être la culture des ou en réseaux dont nous sommes chacun et individuellement dépositaires. Au prix sans doute d'une grande volatilité des systèmes politiques…

Outils nouveaux et puissance de la multitude ...                     Il y a trois façons de voir les réseaux virtuels du Net ou les « réseaux sociaux »

            Comme un outil économique

            Comme une opportunité d'expression narcissique individuelle,

            Comme un outil contenant des potentialités encore non développées du Net.

En ce qui concerne les deux premiers éléments, la nature économique et la rente énorme que la collecte de données personnelles de milliards d'individus permet d'amasser est connue. La facilité à être un outil narcissique ne me paraît pas pouvoir être invoquée comme une caractéristique digne d'intérêt de ce que sont les réseaux.

La troisième manière est celle qui, selon l'analyse politique des nouveaux moyens citoyens de partage, génère le plus de réflexions utiles pour l'avenir. L'originalité de sa boucle économique et ce qu'elle rapporte échappe en grande partie à l'attention de ceux qui, profitant de la gratuité d'accès à leurs espaces, n'en demandent pas plus et ne perçoivent de ça que la dimension ludique à disposition. Mais ils recèlent d'autres capacités beaucoup plus larges et déterminantes. Il a fallu que l'utilisation de ces outils par les terroristes éveille l'attention sur un usage plus «politique» et dans ce cas criminel des réseaux pour que l'importance de ce que ces médias sociaux représentent pour l'avenir soit visible. Pour autant, il ne d'agit pas de l'invention du diable. La fragilité structurelle de tous les systèmes qui utilisent le Net devient une constante dont l'actualité fait écho périodiquement. Les virus, la désinformation programmée et intrusive dans des évènements politiques, le rançonnage touchent tous les systèmes, petits ou grands. Pour le moment, sur le plan informationnel et politique, le lien entre les médias sociaux et traditionnels se manifeste surtout par une citation réciproque de leur contenu. 

Concevoir les réseaux comme un canal supplémentaire parachève une réduction de plus, qui occulte une différence capitale d'avec le reste de l'univers des médias: l'information a maintenant ses sources à l'échelle de l'initiative individuelle, et s'exerce souvent à l’occasion de faits sociaux dramatiques ; il suffit pour cela d'un simple téléphone portable, témoigner si nécessaire d'actes dont on ne sait s'ils auraient été dénoncés ou auraient émergés ailleurs, sans leur mise en ligne. L'information y est témoignage, avec une capacité bien supérieure aux mass-médias d’être partout et donc de tout voir. Une opération directe à la manière du dieu Argos, échappant à toute intermédiation.

Se conformer à la parole des sachants ne serait donc plus indispensable, grâce à un gain d’autonomie remettant en une perspective pas si illusoire même si encore lointaine, un horizon nous menant lentement vers la réalité. Ce qui est loin d’être anodin, face à des médias dont on a vu l'absence croissante de frontière entre le fictionnel et le réel, à travers cette déréalisation qui nous raconte la politique à la manière d'un roman-photo. Montages narratifs et textes off y remplacent les photos et les bulles des revues spécialisées. Un bouleversement irréversible ? Prépare t-il une forme encore insoupçonnée d'expression démocratique ? À terme, une voie élective -légitimante- concurrente…

                                               Rien n’exclut qu’une minorité inspire une majorité; le meilleur et le pire sont inhérents à cette pratique collective, mais si les outils changent, si les éléments habituels de cette culture de l’inspiration des plus attentifs aux risques sociaux disparait peu à peu des grands médias, en fonction même de ce qui a été dit sur la déréalisation et l’émancipation de la communication collective, se reporter sur des supports plus discrets parfois mais relayés massivement par les particuliers qui «partagent» peut devenir une alternative massive. Ce curieux paradoxe qui veut que ceux qui écrivent ou se manifestent autrement à l'opinion n’existent que s’ils ont une vie médiatique tend à disparaître.

D’où cette nécessaire réflexion: faire rentrer plus explicitement, à la fois dans les réseaux sociaux, les applications diverses en action sur les médias autogérables, en gros le Net, un certain nombre de potentialités qui se perdent par ailleurs sur le plan de la communication. Susciter des discussions de manière étendue, et non plus comme ne concernant que des gens dont ce serait un centre d’intérêt, comme le sont la cuisine ou le foot. Nous rééditons ainsi l'actualité d'une situation analogue à celle que signalait Hannah Arendt au sujet de la pauvreté de la pensée politique chez les philosophes[1] "y compris Platon" en insistant sur la «profondeur» que les philosophies politiques ne pouvaient atteindre. Que cette question de la profondeur reste non seulement inaccessible à une pratique de l'action, mais aussi à celle de la constitutionnalité des organisations se comprend, explique ce pourquoi ce qui en relève ne puisse être décrit comme une pensée organisée, objet donc de la spéculation philosophique: c'est pourquoi cette catégorie se distingue de la politique par le fait qu'il reste son univers référentiel sans en être partie directe. Le politique étant donc cette totalité contenant tout ce qui constitue l'échange  entre les hommes. Une potentialité.

 Qualifier les réseaux: de la passivité à l'autonomie d'expression.                          Invoquer la majorité silencieuse alors que les réseaux consacrent l'autonomie de communication des citoyens, devient un exercice des plus hasardeux de la part des médias; ils ont devant eux ceux au nom de qui ils ont parlé. Cette commodité idéologique n'est plus crédible. Cette incarnation de la parole du peuple par les médias et les politiques ne fonctionne que dans le paradoxe, ajoute un élément supplémentaire de méfiance dans le discrédit. Ce transfert de l'autonomie d'expression reste pourtant virtuel, bloque les abus et les opérations de mise en condition, mais n'accrédite pour le moment rien d'une substitution aboutie de la parole de cette majorité silencieuse dans les réseaux. Nous sommes dans une situation de transition, où tout ce mesure en densité de réaction aux évènements.

Il faut admettre, même si une sociologie des réseaux née bien avant les réseaux du Net existe et continue de se développer, que saisir la portée du Net en catalyseur d’une transformation politique probable, pêche par manque de recul, d’observations. Mais d’un autre côté, le défaut de repères théoriques y compris plus généraux et empiriques qui puissent permettre d’organiser l’émission d’hypothèses et d’interprétations crédibles se fait sentir ; nous pouvons douter à priori de notre capacité à voir ce qui se passe sur le fond. Ce qui ne voudrait pas dire que la contribution des réseaux du Net soit nulle. Si nous n’avons pas encore appréhendé leur portée, elle n’aurait rien à voir malgré tout avec les sondages d’opinion actuels, qui eux ne rentrent pas d’ailleurs dans une démarche sociologique qui dépasse l'interprétation brute des chiffres. Le questionnement formaté des enquêtes d’opinion ne constitue pas une comparaison pertinente. Un intérêt certain est ce que représentent de nouveau les réseaux sur le Net. La vitesse, au point d’être simultanéité, et la réversibilité, l'inversion des process pyramidaux sont bien ce que l'on espère des organisations réactives modernes. Mais là les réactions communes n'ont pas d'objectifs récurrents, comme une production, une prestation par exemple.

Le "partage"…                                                           Cette singularité des réseaux peut à terme modifier les procédures de contrôle social, par le fait du schéma relationnel qui en constitue la base; les liens ne se fondent pas seulement sur l'utilité, mais aussi sur le besoin de trouver confirmation de valeurs positives, traduites jusqu'à maintenant sur des valeurs réactionnelles: valeurs de solidarité, collaboration et rejet des trucages, des non dits du contrôle économique. Ceux avec qui on partage, ne sont que des entités sorties d'un univers réflexif ; ils n’ont pas de réelle personnalité, ne présentent qu’un certain nombre de traits réfléchissant donc notre univers personnel et choisis pour les conforter. Comme un élargissement des outils que nous avons de notre image identitaire et le besoin de la fonder positivement sur des partages réactionnels. Pas de débats, des commentaires entre amis se font sans l’affect issu du lien direct.  Nous serions plus dans des notions de collage, de juxtaposition de fragments d’énoncés, d’inquiétudes, de colères ou d’élans divers, y compris dans les groupes et leur manière de fonctionner par thématiques. Tout ceci est loin d’être anodin. A remarquer tout d’abord que ce lieu d’échange perdure et se développe, ce qui correspond bien à une manière de fonctionner complémentaire aux autres pour ne pas dire que par cette propriété le « partage » rajoute un échelon supplémentaire à la panoplie de la communication. Fait de mentions d'articles, d'analyses, d'extraits d'essais, de commentaires, de vidéos d'interviews et autres, les pages d'accueil des réseaux exposent un collage, qui faute de signifier ce que chaque composante exprime, suggère une tendance plus globale d'éléments de crise et du désir social.

          Outre qu’elle paraisse irréversible, et implique l’autonomie par la liberté d’initiative évoquée, sa forme même et ce que l’on vient de remarquer sur le fait que chacun ne fasse qu’élargir le nombre de miroirs signifiants pour lui-même, ce collage peut se rapprocher d’un mode assez particulier qui rappelle l'échange politique (avec cette différence que le plan de rationalité qu'invoque le monde politique pour lui-même, s'investit dans la gestion de l'organisation sociale). Ce dernier non plus dans la relation qu’il instaure avec autrui, n’a nul besoin de lier des liens d’affects avec ses interlocuteurs pour pouvoir se prononcer sur la bonne marche du monde, le sens du bien commun, mais d'effets miroir; jusqu'à la philodoxie. Les choix électifs renvoient à ces mêmes modes, en visant le renforcement de nos références sur tous sujets.  Le jeu n'y est pas maîtrisé dans le sens d'un objectif particulier, n'occupant au fond que l'enquêteur et son intérêt à avoir une réponse précise, mais justement une recherche conforme à ce que l’on disait sur le consensus. Rechercher dans l’éventail global de ce qui est édité sur le Net ce qui rassure face à des éléments anxiogènes, à la manière d’un journal d’opinion dont nous avons l’habitude, mais à une échelle globale et en parfaite simultanéité, un journal vivant dont chacun aussi, dans le sens de sa relation au monde, devient rédacteur. En fait, un fonctionnement très politique avant la lettre… Mais rien n’y est vu de cette façon. Les réseaux continuent à être au contraire perçus comme une facilité individuelle et narcissique de cette relation au monde, pour être une image dans un grand livre d’images. Le "partage" s'installe t-il pourtant comme un premier palier d'apprentissage de cette démocratie horizontale tant cherchée, même s'il reste handicapé d'une conception restrictive due à sa dimension réactionnelle?

Le partage comme composante démocratique?                                   Admettre comme possible l’hypothèse que nous ne saurions pas reconnaitre dans nos comportements « numériques » l'émergence d’une composante de la démocratie de demain, semble trop lointaine et chimérique, à fortiori le démontrer, mais ne peut effacer à contrario la question de la potentialité d'apprentissage d'une pratique de communication particulière du partage et de poser la question. Non pas pour justifier que la démocratie tiendrait à terme à notre pratique des réseaux, mais qu'elle résonnera peut-être différemment qu'avant, dans une reconfiguration enrichissant le «principe d'obligation» à la base de toute relation entre légitimité du droit et ses dépositaires reconnus. Le partage tel qu'il se réapprend dans les nouvelles générations aura sans doute à voir avec une convergence qui transformera le lien entre mandatés en possession du pouvoir et mandants. S'il existe une relation de transitivité entre le partage vécu dans la pratique et ce qu'on en garde dans le principe d'obligation, les impératifs principalement éthiques émergeant du partage retourneraient alors au principe d'obligation; arriver à atteindre ce but effacerait la part déceptive qui fait crise dans l'opinion, qui est justement de ne pouvoir pas l'atteindre.

Il demeure pourtant difficile pour arriver à en dégager la racine, de désigner actuellement des pistes structurées autrement qu'à partir d'une difficulté préalable de l’opinion à sortir de l’univocité du rapport du politique à la rente et des nouvelles puissances technologiques sur lesquelles elle se restructure constamment; ce, en provoquant une pratique au format exclusivement réactionnel observable sur les réseaux sociaux. Ce qui leur attribue une fonction sans doute en deçà de ce qu'ils sont. La question se pose de savoir alors si par nécessité, i-e nécessité de s'abstraire de ce schéma relativement passif et agir en vue de sortir de notre impasse politique actuelle, cette potentialité d'émancipation transformera tout naturellement les outils à portée, légués par le système marchand dans lequel il a été formaté. Principalement transposés par un détournement positif vers du collaboratif sans but lucratif, on pourrait concevoir que cette transformation vers une démocratie collaborative et non "participative" générale (sans marchandisation) puisse arriver par un biais insoupçonné, et réaliser ainsi ce que la coercition économique refuse à l'exercice citoyen, civil, privé : redonner par lui-même du sens en quelque sorte à un lien social défaillant.  Réfléchir à tout ce qui se développe sur le Net, à l'ensemble des applications qui y sont proposées, laisse à penser que nous connaîtrons un Net autre qu'utilitaire, mais parallèlement, plutôt utile à la citoyenneté. La fusion ou l'évolution des services vers la collaboration ne pourra continuer à s'étendre sous un aspect purement économique. Le fait qu'en théorie tout individu puisse à terme et par développement de la puissance des outils être à la racine d'une initiative collaborative, plaide pour une socialisation politique du Net à terme. Le tout est justement de savoir si par nécessité de répondre  aux désordres issus de la crise larvée actuelle, nous serons contraints à ces détournements, ou si la création de multiples d'applications autour d'activités traditionnelles mais soumises à la captation rentière étoufferons  une culture efficace de la mutualisation; hors problème d'évolution du Net,  faire disparaître les intermédiations telles qu'Amazon en ont démontré les atouts et les risques, surtout si l'on pense aux intermédiations de pure spéculation. Et voir se confirmer alors comment l'hypothèse d'une mutation des pratiques collectives, provoquées par les difficultés économiques issues de l'évolution de la coercition économique et l'expulsion conjointe de la masse grandissante de gens formés dans les nouvelles générations, pourra prendre forme en s'appuyant sur la puissance des outils dont elle a la pratique. Il faudra bien, pour éviter l'impasse politique et économique actuelle dans laquelle la crise sans fin l'enfonce, que cette partie grandissante de la population invente une méthode de faibles coûts qui lui permette de s'affranchir des vicissitudes de leur dépossession économique. La mutualisation permise par les outils en serait un principe de base à portée universelle et immédiate. En reformulant cette hypothèse : la société que nous serons contraints de transformer par nous-mêmes, mutualisant plus et mieux s'appuiera avant tout sur une expansion numérique, en transformant le destin de ces applications et de leur boucle économique ; en gros par une exigence de gratuité généralisée.

Des objets aux applications.                                        Le monde des objets change de destination. Ce qu'ils apportaient de plaisir, d'utilité intrinsèque ou de prestige s'efface au profit d'une autre valeur ajoutée désormais numérique: s'intégrer au monde des applications, qui les rendent utiles par leur capacité à nous maintenir au monde tel qu'il fonctionne désormais. Les objets supportent des applications devenues le principal des motivations d'achat. L'évolution du téléphone le symbolise.   Savoir comment évolueront les supports constitués à l'heure actuelle, demande une véritable expertise (que je n'ai pas) sur la manière dont les applications type «réseaux sociaux» fonctionnent aujourd'hui, pour continuer à nous offrir une gratuité d'usage, et ce qu'ils auront à y gagner ou perdre. Que le système actuel et son modèle économique aient une fin, peut susciter de vraies mutations, dont l’une verrait l’apprentissage évoqué transformer le jeu préétabli des objectifs de consommation d'applications; un monde où les géants du Net connaîtraient, en même temps que des opportunités nouvelles, un dépassement des objectifs de l’individualisme consumériste-dépendant  qui les guide; paradoxalement et grâce à eux une forme du lien social nouvelle modifierait les données du contrôle social dont ces entités ont besoin pour évoluer selon leur critères, leurs intérêts, et derrière la stabilité politique garanties à la Res-économica. En résumé, cet environnement que le Web des Gafam construit autour de nos profils de consommateur d'applications  créerait les conditions de son dépassement. Le contre-sens libéral qui sous-tend leur vision du futur des comportements individuels ne fait qu'hériter de la conception consumériste passive d'avant, et nie la complexité de la constitution individuelle qu'ils provoquent, par individuation. Cette part leur échappe déjà. . Si  l’individu ne se vit que quand il exprime par et avec les autres, la relation présupposée par les acteurs du Gafam entre l’individu et le Net ne peut être univoque et configurée par un lien d’intérêt; ou tout au moins pas le même. Sans développer ici ce qui relève sur ce plan de la logique individuelle d’identification/différenciation, le prolongement de la logique commerciale de l’individualisation des Gafa est bien en substance faite de quelque chose qu’ils ne maîtrisent pas. La différenciation qui n'y est conçue que comme un des moteurs du comportement d'achat restreint la part positive de l'effort de différence dans la construction individuelle, ce que les individus ont tendance très naturellement à corriger. Jusqu'à se servir maintenant des outils dont ils seraient en principe dépendants pour le faire, comme dans le cas des partages.

D'une consommation agressive à une collaboration défensive.                                       D’autre part, et pour des raisons parallèles, cette acculturation indéniable peut se mettre au service d'une nécessité politique majeure et sans doute urgente : ne pas être exclu à terme par le durcissement de la coercition rentière. Une riposte «populaire» envisageable investissant donc le Net et sa puissance comme un nouvel espace de construction de sa liberté ; rodant ainsi dès maintenant l'apprentissage de nouveaux rapports à l'Autre par l'exercice de la mutualisation, concrète et volontaire. Les exemples de ces pivots potentiels sont infinis, dès l'instant où ils sont conçus dans un autre système de finalités. Une telle évolution d’usage des technologies s'inscrit dans la condition selon laquelle toute finalité politique, en quelque sorte destinée à retranscrire une totalité ingérable à la gestion de la multiplicité de ses caractères, doit contribuer au rapport harmonieux et réversible entre individu et bien commun. Considérer la transition technologique multimodale et universelle qui se produit actuellement selon le cadre retreint de la performance individuelle économique comme le proposent beaucoup applications constitue donc une niaiserie, que les faits contredisent. La logique de ce « que veulent les algorithmes » (D. Cardon), est à double sens. La contreproductivité du système actuel réside dans une conception sociale obsolète des technologies nouvelles par ceux qui les promeuvent.  On le sent plus qu'autre chose, mais la libre maîtrise individuelle d'accès à l'information rend le monde de la prédation plus transparent et les enjeux plus clairs. Nous ne pourrons plus accepter ce système de prédation, parce que nous en percevons peu à peu tous les aspects, quotidiennement.

D'autre part, des théories de la prédictibilité s’installent sur les mêmes bases obsolètes; certains chercheurs universitaires américains tentent d’échafauder, à partir de ce qui serait une transposition des algorithmes commerciaux du Net, l’hypothèse d'une corrélation entre tendances de consommation observables sur le Net et mouvements sociaux. Sur la base d'observations empiriques déjà faites. Une naïveté qui tient plus au besoin d'ordre de la Res-économica et les services que certains pensent pouvoir vendre pour contribuer à l'optimiser. Mais une tendance s'affirme à concevoir la consommation non comme une production mais une application contribuant à l'ordre social. Y aurait-il là un danger pour la cohésion sociale et la nouvelle « puissance de la multitude » ainsi muselée par des puissances contraires? Pas vraiment, mais je crois la tendance à la gratuité dans laquelle les médias numériques se sont enfermés pour les raisons financières qui les concernent, irréversible; ce Net encore immature permettra d’autant plus facilement à la société de se réorganiser autour de ces technologies majeures, en réorganisant différemment et plus largement la répartition des objectifs de la finalité, sans soucis de coûts. Un Facebook qui restreindrait son usage parce que des tendances politiques anticapitalistes massivement exprimées ne lui conviendraient pas, ou du moins à sa tutelle politique conservatrice, se saborderait. 

La fin de ce modèle irait-il donc vers une mutation presque naturelle, et verrait-il ces transpositions technologiques en extraire, pourrait-on dire par usure d’usage, une sorte d'utilité collaborative signifiant l'oubli d’un utilitarisme individualisé? Il ne me paraît pas utopique de supposer qu'en évoluant de la dépendance du cycle consumériste et la dégradation du sens de soi qu'il implique, la déréalisation actuelle, nous allions vers celui de la réalisation de soi par ce qu’apportera une utilisation collective d'un outil commun, producteur de sens, par plus de liens et de plus satisfaction ; ces facteurs pratiques d'émancipation seront inévitablement révélateurs du monde à l’envers et paradoxal dans lequel nous vivons. S’il nous est naturel de ne pas nous demander pourquoi les algorithmes qui nous envahissent ne sont pas dans champ du bien commun, c'est tout simplement parce que d’une certaine manière, ils le sont déjà ; mais nous en ignorons l'arrière-plan exact du fait de cette gratuité offerte. Avec l’enjeu culturel et l’efficience qu’ils représentent, tous les algorithmes de ce type deviennent par essence des éléments éligibles à ce champ de l'émancipation et finiront par s'y intégrer ; ce, sous la pression de cette nécessité de notre structure sociale à aller vers un modèle économique plus global de contrôle de la mutualisation de nos ressources, toutes nos ressources, intellectuelles, matérielles.  Une sorte de détournement positif d'outils mercantiles, qui sous réserves de services à notre individuation, seraient détournés par l'intention de collaborer aux motifs symboliques "d'être ensembles".

Et donc une culture de la spontanéité du faire, qui, au-delà de la mise en avant d'une implication culturelle de façade, s'oppose à l'exemple actuel de prédations intégrant à la rente tous les motifs culturels produisant du sens à la conscience sociale. Car le capital n'achète rien de tout ça: la rente qui le traduit s'impose comme un process générique, où le capital ne possède rien en cette matière. Non seulement en s'attaquant aux  productions des créateurs qui en vivent difficilement, c'est une évidence première, mais aussi d'un monopole négociable à terme de tout le capital mondial des productions culturelles, dont ils dépassent un handicap de nature : ils ne sont jamais producteurs, mais intermédiaires et revendeurs. Ils refabriquent des standards culturels dont ils ne contrôlent donc pas grand-chose sur le fond. Cette étape finale et bien comprise à terme d'un aspect de la coercition économique, celui de la prise en otage d'une part de la dynamique sociale, pour son contrôle économique, est illusoire de la part des rêveurs de puissance. Nous vivons là faussement dans un piège insensible, une pratique nouvelle du contrôle social. Le recensement de nos centres d'intérêts dans tous les domaines par les Gafam ne m’évoque que très vaguement une sorte de version primaire et inquiétante de Big Brother. La quête des idéologues de la stabilité sociale à des fins de contrôle, dans une version remise à jour et numérique du KGB ou de la NSA, sera vaine. Ce qui se passe dans le monde nous montre tous les jours que ces formes de surveillance sont une niaiserie (coûteuse) de plus. Nous avons certes des raisons de nous alerter des intentions qui planent, et à ce titre combattre ces intentions comme des préméditations criminelles visant les libertés démocratiques. Ce qu’il faut faire. Pourquoi ? Pour que notre participation dans ce cas ne soit pas consentie, et compte sur une part de notre volonté. Ce modèle de société auto-stable, ou plus savamment d’homéostasie systémique, ancré dans le désir monopolistique des grands opérateurs d'une société formatée et prévisible, ne fabrique que de la destruction, que la dynamique naturelle des sociétés devra, par nécessité laminer. 

Au-delà de l'effet d'aubaine lié au développement concurrentiel et exponentiel des applications offertes sur le Net, les nouvelles conditions de réagir et d’agir ne peuvent que s’assoir sur l'organisation pratique de la vie sociale, dans ce qu’elle renvoie au plus profond de son système de références, de fonctions vitales si je peux dire, en constituant notre deuxième espace de questionnement.

Agrandir l'espace du "principe d'obligation".[2]                                                Les éléments du principe d'obligation ne touchent par définition qu’indirectement les stratégies de contrôle social de la coercition économique, car trop en amont des process tendanciels que les grands opérateurs économiques mettent œuvre. Même si l'obligation y est conjointement problème et principe, en même temps qu'elle réclame dans sa version moderne de référer en permanence à l'obligation morale dans l'ordre politique, elle génère cette remise à jour constante  des relations de l'individu à la souveraineté où «la problématique de l'obligation est l'espace dans lequel s'exprime et se pense le système de double contrainte constitué par l'émergence corrélée des principes de souveraineté et de liberté de conscience.».

L'agrandissement de cet espace "problématique" que l'adjonction de l’univers du Net amènera en amplifiant actuellement une critique de mieux en mieux motivée, reposera donc en même temps le problème de cette double contrainte, à la suite d'une individuation (et non individualisation) grandissante; face à cette nouvelle condition, comment l’espérance d’une autonomie citoyenne renforcée et leurs conséquences pour ce nouveau rapport dans la société «concrète» se feront-elles ? Les pratiques décrites plus haut, et leurs retournements possibles auront-elles des conséquences sur «ces principes de souveraineté et de liberté de conscience» dans l'étendue de leur exercice, en créant de nouvelles conditions du droit ?

 Tout au moins, le rapport convenu et pour l’instant figé dans une permanence illusoire qu'ils entretiennent ne sera plus tenable dans sa forme.  En l'occurrence, une nouvelle répartition des pouvoirs dans le système politique de la démocratie représentative. Le double aspect -thétique comme programmatique-  du principe d'obligation se trouvera sans doute beaucoup mieux qu'avant convoqué en arrière plan des évènements politiques.  Le champ de la vie sociale, telle que les citoyens la concevront au sujet du bien commun, mettront les mandants de nos démocraties beaucoup plus près de leur contrat moral et programmatiques ; cette absence –disparition- de discours actuel sur la finalité, sera l'objet principal du politique : à ceux qui feront leur l'exercice de la politique de savoir faire ce lien exigeant, non entre les "besoins" d'une population et ce qu'ils en promettent, mais de montrer comment ajuster ces besoins à une vie juste et chargée de sens. Ceci étant, l’ensemble des remarques faites ici tendent à montrer que l’espace confiné de la politique d'aujourd'hui va dans ce système vers ses limites, et l’inefficience, avec pour effet à terme de laisser le citoyen seul face aux enjeux majeurs que les politiques gestionnaires du mieux fonctionner ignorent; équilibre social, distribution, alternative à la croissance, équilibres écologiques, etc. … La surdétermination économique a mis le principe d'obligation en défaut, par cette dimension supplémentaire  pour les états de prendre en charge les conséquences négatives de la rente. La res-économica les a contraints à rentrer dans un jeu qui les rend impuissants. Dettes et chômage.

Ce déplacement du principe fondateur d'obligation définit les contours de cette deuxième interrogation, traduite dans le concret par la perte de capacité des mandataires à exercer leur mission ; mission qui continuera très probablement à se réduire dans la dimension gestionnaire paramétrique. Une dépréciation loin d’être anodine, mais qu’évidemment rien ne traduit explicitement comme telle. Le déplacement des pôles de pouvoir en  inversant les rôles ont pratiquement inversé celui de ces deux mots : on pourrait parler d’obligation de principe, tellement la privation d’espaces d’action devient dans ce système le nôtre. 

La résilience comment?                                                            J’ai été comme certains choqué de ce qui se profile dans le secteur des semences avec derrière d’ailleurs la question des brevets sur le vivant. Je me souviens comment dans mon enfance brésilienne les latifundiaires endettaient les paysans par le prix des outils du matériel et des semences, déjà. Une manière de les tenir en dépendance, en esclavage. Les grands monopoles agro-alimentaires généralisent cet antique schéma à l’échelle mondiale par les interdictions de semences traditionnelles, pour s’assurer le monopole de semences non reproductibles, à racheter chaque année chez eux, et rendre ainsi dépendant le monde agricole. Le tuer. Une situation extensible rendant chacun de nous dépendant d'une condition économique que nous devons intégrer pour conforter notre productivité. Une manière d'acheter nos semences à nous.

Quelle stratégie au moins théorique de résilience avons-nous pour nous permettre, non seulement de libérer de leur précarité une grande majorité de population mondiale, mais en cas de crise éviter de voir ses rangs grossir considérablement?  De toutes manières nous libérer de la multiplication des facteurs de dépendance à ce que nous jugeons dangereux pour notre avenir ? Nous n'avons en perspective que les niaiseries d'un modèle économique qui, nous vendant ses illusions, produit constamment son contraire. Il n'y a pas un jour où nous apercevions ce système sans responsables fabriquer l'exclusion en grand nombre de ceux qui font la démocratie et les hommes de tous les jours s’opposer à un cercle de plus en plus restreint d’humains, s'autoprotégeant de tout. En un mot, imposer de l'immobilité systémique, pour un verrouillage définitif d'organisations sociales complètement prévisibles, l'idéal de toutes les dictatures, n'aboutira qu'à son contraire par ma survenue des outils nouveaux.

Supposer que l'ensemble de l'activité humaine ainsi revisitée n'ait plus rien à voir avec la culture d'émancipation sociale du XIXe et XXe  siècle, n’a rien d’absurde. Admettre que nous ne savons rien mobiliser de nos connaissances pour dessiner les stratégies défensives face à cet avenir probable, n’est pas idiot mais productif. Il suffit juste de prendre conscience du faire-semblant dans lequel nous évoluons.  Ceci étant, cette antinomie qui ne cesse de se renforcer entre rente et bien commun apparait plus flagrante, même confusément, à l'opinion. La Res-économica l'emporte sur la Res-publica, et avec elles ses risques confusément ressentis pour nos libertés et celle de la nature de vivre selon ses principes d'évolution. Nous ne voyons plus, comme manifestation de ce bien commun restreint aux impératifs de la Res-économica qu’un assistanat multiforme. Triste compensation… Depuis que l'individuel conteste le collectif, la «naturalité» d'un bien commun réduit aux dimensions du confort individuel, a, dans la finalité démocratique, perdu son espace de légitimité. Le lien direct fortement individualisé que nous avons désormais avec notre univers marchand nous éloigne de cette naturalité-là, sans que d’ailleurs elle disparaisse; l’occasion d'évènements lugubres remet en questions cet «isolement» : ainsi voit-on les diatribes sécuritaires des politiques rompre le silence respectueux des gens, instrumentaliser les douleurs à des fins qui les discréditent, montrant  à quel point tout est objet négociable. DE quoi doit être faite notre capacité de résilience?

En tirant très subjectivement les leçons de cette opposition entre rente et bien commun à partir de ce que j’ai écrit du cycle allant de l’inéluctable à l’inaliénable (RIP), ma construction personnelle sur ce sujet est la suivante: notre culture politique articule par cet obscur mécanisme du consensus, l'empirique construction  de  la finalité du bien commun dans un effort permanent vers l’équilibre; puisqu'il ne peut être une problématique de redistribution économique seule, l'absence des qualités fondamentales qui donnent sens à cette dimension économique seule: que l'on pense à ce qu'est la sécurité sociale donne du sens au bien commun par son principe de solidarité. En évoluant dans une sorte de spirale, nous nous arrachons à la fatalité de notre dépendance naturelle à un instant T (limitation de liberté) par l'effet de notre volonté, pour tendre vers un T+t qui représente un renforcement du bien commun.  Son résultat reconstruit comme un inaliénable seuil redevenant T, la nouvelle origine d'une nouvelle naturalité du bien commun, ainsi de suite. Ce cycle, qui résulte d'une production collective mobilise l’action et notre volonté pour en définir la finalité, avec cette qualité du bien commun d'être à la fois résultat et devenir.

Comme faire œuvre de vérité me semble n'être qu'une démarche des plus relative; ce qui suit vise à réorganiser des pistes utiles à une résilience nécessaire et en route; une démarche plus intuitive que prescriptive, ou conceptuelle. En résumé, notre interprétation classique de l'histoire démocratique souffre d'un déficit de sens nous privant des capacités interprétatives nécessaires à faire face aux questions qui se posent actuellement. Là est la difficulté de résilience.

Distributivité, associativité.                                                La notion de peuple est devenue abstraite au point que les démagogues en font un usage sans retenue et libre de toute conséquence. La rente devient antinomique au bien commun en manifestant ouvertement les dissymétries de redistribution comme obligation économique en même temps que la dilapidation des ressources. Qu'un ensemble de causes éclatées apparaisse peu à peu être en convergence et représenter surtout un besoin d'être escamotées plus fortement derrière les apparences une démocratie formelle, ne sera pas le fait d'une démission ou incapacité des politiques.  La disparition définitive des leviers de l'autorité des systèmes politiques de droit, des états, pose un problème qui jusque là n'entrait pas dans le champ de la conception politique. L'exportation de l'autorité réelle par la coercition économique qui pèse sur les états et les contraint est une donnée nouvelle. Le Ceta le démontre. L'émancipation de l'information par l'intrusion grandissante de l'expression  directe de la volonté individuelle dans le champ de la formation du consensus, forme une contre-autorité. En préparant un face à face à terme entre une coercition unipolaire de la rente et l'initiative citoyenne.

Là encore, supposer que les communications nouvelles seront déterminantes dans l'extension de la prise de conscience que l'unicité systémique de la dégradation globale est fortement structurée par ce que l'on représente et partage. L'émergence sur ce plan là de l'information, par son autonomie, apportera la mise en cohérence de tous les facteurs contributifs à cette dégradation, en les mettant à leur place relative, en importance et impact. Bâtissant la nouvelle dimension de la "puissance de la multitude", selon deux opérateurs constants:

Le premier serait distributif : à priori les systèmes d'information et de communication nouveaux ayant un impact distributif, ont touché et reconfiguré tous les domaines de ce qui est organisé. Cette distributivité s'applique aussi à l'effet de conscience des liens existants dans l'univers personnel du travail et de la vie personnelle avec cette structure cachée, sans  l'appui d'organisations  d'intermédiation. La pratique en reconstruit le schéma d'organisation, et les coordonne avec d'autres. On peut penser qu'avec le temps, cette vieille dissociation idéologique entre espaces non politiques et ceux admis comme dédiés à l'activité politique disparaîtront.

Le second serait lui associatif : au-delà et en contrepartie de l'abandon par le système politique global de la problématique collective, les individus armés d'outils rapides et efficaces, en s'appropriant ce domaine en friches, en viendront à redécouvrir la nécessité de confronter l'idée de cette structure "négative" aux grands paramètres de la finalité du politique; entr'autre recomposer un nouvel espace de définition du bien commun, de la liberté, et nombre de critères éthiques associés à l'échange.  Rien que de très logique tout compte fait, à partir du moment où l'autonomie se gagne avec cette conviction supplémentaire d'une confrontation directe dans l'avenir entre désir social et rente. Cette friche a une dimension universelle, globale.

                                        Toute la culture disponible, les informations stockées sur le Net nous amènent sans doute loin de l'isolement tel que Hannah Arendt le conçoit à propos du totalitarisme, avec ses dictateurs et ses frontières. Nous sommes tous maintenant du fait de cette bipolarité mondiale, en voie d'éloignement de nos propres démocraties.  

La clarté des liens d'intérêts -même occasionnels- qui autrefois soudaient des groupes en action et en stratégies revendicatives, qui passaient par une structuration forte de l'appartenance à des organisations, se confronte à une multiplicité de modes d'action individuels concurrents, multipliant la concurrence de nouveaux modes d'organisations volatiles. Comme si les gens manifestaient devant leur ordinateur, ce qui n'est pas une aliénation, bien au contraire, une acculturation est sans doute en marche. Relativisant le problème de la mobilisation militante, qui ne serait pas due à une fatigue où une désaffection mais à une autre forme de liens avec le réactionnel. Idem pour les élections. L'absentéisme consacre sans doute aussi la montée en puissance de cet apprentissage dont on a parlé et relativise tout le reste, nous verrons comment les nouvelles générations s'emparent du problème. Une lecture difficile qui déplace sans doute ce que ces structures prenaient en charge du questionnement des citoyens, vers une recherche plus individuelle des réponses à tout, comme je l'ai suggéré dans RIP. Trois étapes différenciées y sont décrites comme irréductibles les unes aux autres et chronologiquement orientées : l’agrégation, la transaction et l’organisation. Ces catégories confirment et relativisent à la fois la conception d'un causalisme uniquement fondé sur l'affrontement d’intérêts de groupes et classes sociales, car elles n'expliquent pas les consentements transversaux qui sont nombreux maintenant à être connus, en enterrant leur vecteurs symbolique, la droite et la gauche. Il s'agit dans ce schéma d'un cheminement qui va d'une représentation idéale à sa négociation avec les contingences et sa retranscription sociale dans l'action. Avec, à chaque palier, une perte de substance que le consensus tel que je l'entends ici (l'abandon des points d'oppositions irréductibles), permet. Un schéma déroulé ordre chronologique de leur causalité, mais en boucle (en spirale).

 Bref en abandonnant la culture des fausses pistes, l'effort de perception de l'apprentissage, auquel d'ailleurs nous nous sentons confusément contraints, qui nous mène à constater notre apparente inertie collective, devrait stimuler notre réflexion. D'ailleurs, le "pourquoi tant de problèmes?", et plus graves que jamais, est une question à l'ordre du jour.

E-politique ?                                                     Ce qui précède induit une question supplémentaire, comme un aboutissement du parcours de cet apprentissage collaboratif du Net, le partage. Comment à terme, peut-être à court terme, les années à venir, cette activité va-t-elle s'inscrire  au point d'avoir un impact reconnu sur notre vie politique ? Être intégrée aux mécanismes officiels de consultations et selon quelles modalités possibles? Rien à ma connaissance n’est exploré en de sens de l'impact de ce phénomène et de la vie conventionnelle politique, par le fait même que cet apprentissage lui-même n'est pas identifié comme objet cohérent d'étude. Il reste conçu comme un artefact. Les théories politiques, parents pauvres de nos démocraties, subissent la submersion des interprétations économiques et technologiques qui encadrent le champ de la condition politique, de la prospective.

Dans cette relation, la théorie politique reste conditionnée à d'autres formes de connaissances passant pour rationnelles, et disparaît, quand elles ne sont pas réduites à des questions de luttes de palais et d’une unique problématique du pouvoir à laquelle on identifie la préoccupation de « l’électorat » censé comprendre la politique comme un jeu de rôle, à l'origine de toutes les déceptions. De quoi s'interroger sur ce qu'il faudrait réécrire, comme on l'a dit, comme théorie de la volonté collective et de la recherche du bien commun. Cette ignorance n'exclue pas l'existence et la prolifération de blogs dont on a parlé et des modèles très classiques de journal d’opinion. Au fond, tout se passe comme si l’émancipation décrite au début de cet article, tardait à venir, en se rôdant selon ce même schéma général des emprunts à un savoir-faire précédant toute émancipation. Qu'il n'y ait ni enquêtes, recensement, applications (algorithmiques) particuliers touchant leurs thématiques ne paraît pas constituer de manque à l'opinion pour le moment. La politique reste ce triste théâtre qui rend l’opinion morose, qui tue l’idée même de toute perspective parce qu’elle regarde ce jeu comme la mise en scène d’une habitude, comme destinée à ne jamais changer.

Miser sur une somme d'avis individuels pour gérer de la créativité collective spontanée comme une simple accumulation n'est d'autre part pas envisageable, même si ceux-ci se recoupent et présentent souvent des points communs. Cette prolifération constante et continue d'avis, demeure soumise à un schéma très traditionnel de la position extérieure de l'analyse qui comme on a dit recompose sa reconstruction, selon un paradoxe assez inévitable d'une dynamique qui échappe en retour à ses promoteurs, les individus eux-mêmes. Un état de l'opinion qui ne peut en aucun cas être mesurée, donc encore moins dans un éventuel process cognitif recomposant la substance du politique…

Car qui interprète (ou peut le faire) la valeur de ces désirs et ce que représentent ces «partages» sur le fond, dans ce qu'ils manifestent et portent d'inconscient chez ceux qui les diffusent, les trahissent toujours ; peut-on se fier pour ça aux filtres des mêmes officines incapables de traduire derrière ses manifestations la source des désirs? Former une grille de lecture qui revienne à l'opinion en dénotant une réelle émancipation, a les contours d'une utopie. Doit-on l'écarter pour ça?  L'agrégation d'avis -pour le moment- ne doit pas son existence à la marque d’une vraie transaction, qui pour se rendre visible doit encore être identifiée comme induisant de la structure organisée, une organisation. Il y a là une contradiction qui n’est sans doute qu’apparente. Il est très possible que ce recensement naturel des avis par simple collection et reconnaissance interne au Net finisse par évoluer vers un véritable système d'échange orienté vers de la production de sens, comme une auto-pédagogie de substitution à ce qui fait défaut aujourd’hui.

E-universalisme ?                                            Nous devrons considérer comme à définir, parce qu'elle s'impose à nous plus que le contraire, cette universalité, qui, avant la lettre et sur le terrain, constitue la contradiction majeure de toute notre éthique politique. Celle que l’on évoque si souvent dans les discours politiques. Comme une figure imposée quand on voit à quel point cet universalisme formel qui fut le nôtre mis à mal par l'immigration d'humains en détresse, ou celle de ceux qui ont faim, victime d'un dérèglement climatique ayant assuré notre confort. Une fois encore, nous avons sans doute sous les yeux un certain nombre d'antidotes aux maux qui nous rongent, comme le renfermement communautaire qui les refuse, ou la pression à l'homogénéité des formes consuméristes qu'optimisent les stratégies de la coercition économique. Les emprunts réciproques et le Net construisent d'une manière qui n’est encore pas mesurée et pour les raisons données plus haut, une forme de lien fait de la  reconnaissance de valeurs inaliénables, et pourquoi pas pour reprendre un terme d’anthropologie, des invariants culturels qui libèrent ce que nous avons en commun de nos valeurs humaines fondamentales, par le fait même de la confrontation multiculturelle des valeurs. Je crois deviner qu'en l'occurrence, le souci de l'Autre ou cet espace entre les hommes, ou peu importe la manière dont on le qualifiera, soit le fondement de toutes les autres valeurs. Nous serions bien obligés dans ce cas, de concevoir que l'énonciation  des valeurs universelles ne soit plus le fait (monopole) d'une société occidentale éclairant le monde, mais d'une jeunesse avide de partage dans une société devenue transnationale; l'inspiration les menant, eux et leur descendance, vers une nouvelle assise de cet espace entre les hommes qui devrait maintenant être notre principal sujet de réflexion.

Une e-culture naissante, articulée autour de cette capacité à partager, pris très tôt en otage l'énorme business qu'il génère et les difficultés de l'Europe a avec eux sur le plan fiscal, masque sans doute l'intérêt réel que son émergence représente, redimensionne en quelque sorte l'agrégation, cet état latent et prépolitique, reprenant en main, y compris pour des raisons de survivance de la cohérence sociale, le problème du statut de l'Autre. Peut-on espérer de cet apprentissage sur le tas que rien n'est acquis de ce que l'on croirait à tord éternel ? Un apprentissage qui sans être franchement relativiste, soit principalement fondé sur l'éveil à cette conscience que les valeurs universalistes selon les modèles dominants de nos sociétés prédatrices, au minimum homogénéisent ou détruisent les plus faibles à notre profit, en détruisant en nous la part d'une juste construction de l'Autre qu'elle anime. Cette construction est actuellement entamée, on le voit, par le malaise des migrants, et plus que les migrants «politiques»; ceux de la misère, parce qu'en général ils cumulent les deux. Le politique et surtout l'économique. Que faire de notre universalisme devant son acception concrète, celle qui ronge à petit feu le confort intellectuel qui nous protégeait, et exige maintenant que nous bricolions des arguments dérogatoires pour nous affranchir d'une contradiction accablante?

Que ce soit en négatif ou en positif, il y aura en quelque sorte un facteur immatériel autrement plus puissant comme liens entre les hommes, que les échanges de biens, comme l'accrédite l'économisme dominant; au point que nous continuerons longtemps à faire sans doute une erreur d'analyse sur ce que pourraient être dans l'avenir les axes structurels refondateurs d'une démocratie, même représentative et partagée ; en la limitant à une reconduction de savoir-faire, bordant toute évolution souhaitable à ce qui existe. Ne pas considérer que cette ouverture de fait sur les autres cultures soit un des éléments déterminant de sa constitution peut-être l’erreur à ne pas faire. Je ne vois, à ce sujet, d'autres biais que cette culture du partage installée par des algorithmes qui n'avaient probablement au départ d'autres buts que de créer du business. Un formidable essor de ce qui pourrait cimenter à termes les nouvelles valeurs de ce multiculturalisme auquel l'esprit de surveillance, de business et de paranoïa institutionnelles ne pourront pas grand-chose.

Autant les leviers économiques peuvent agir par la restriction sur la docilité sociale, autant la mise à disposition de moyens autorisant toute intelligence à s'exprimer n'a aucun frein, si ce n'est l'autocensure; Ceux par qui arrive la culture de masse seraient donc en retour submergés d'une nature renouvelée de la «puissance de la multitude», à l'insu du formalisme politicien. Désir ou réalité, il est trop tôt pour le dire. On devinera aussi aisément que mes espoirs vont dans ce sens, comme le seul acte massif de manifestation de refus d'un système qui n'est pas aussi moribond que prétendent ceux qui l'enterrent, mais gagne tous les jours en nocivité. Voilà bien le problème.

Ce qui nous guette et se nourrit de notre inertie n'est pas la fin d'un capitalisme qui se prendrait les pieds dans le tapis, ou, pour dire les choses autrement s'autodétruirait par le développement de contradictions internes insurmontables. Je pense que nous découvrirons que cette forme capitalistique, que nous continuons à voir comme destructrice, est terriblement efficace dans le sens d'une coupure sociale qui va agrandir le fossé entre les nantis dont nous ne mesurons pas exactement le niveau de richesse, et le bas-peuple qui travaille en croyant qu'on fait sa réussite ainsi. La spéculation nous prouve qu'il ne faut pas travailler pour gagner beaucoup, mais être un bon professionnel des casinos des marchés. Le recentrement du produit des richesses fait le recentrement sur une minorité, de leur répartition.

Eugénisme passif dont l'austérité constituerait sur la longueur l'axiologie politique, démontrant évidemment que le peuple est victime de sa propre avidité et de son «toujours plus». Honte à lui de ne pas se rendre compte que la marge de rente ne peut s'affaisser sans provoquer des «crises» qui mettent cette économie mondiale en danger. Danger pour qui? Nous avons eu  sous les yeux (en Grèce) un scénario grandeur nature de ce qui peut s'installer comme système général, sous réserve que l'axiologie de la punition fonctionne. Voir l'évolution sociale de cette manière n'est pas un excès de pessimisme, type des considérations à laisser à la  thématique néolibérale.

Si l'on émet l'hypothèse que la puissance de la multitude ne fera rien en jouant sur la submersion physique ou répugnera à s'inspirer d'un certains nombre de principes du spectre lugubre et morbide du terrorisme, cette évolution devrait ne pas avoir le point de rupture qu'on nous annonce parfois.

Nous ne sommes plus à l'ère des révolutions, traduisant de façon si classique cette puissance énoncée, mais à celle de la disjonction, ou il s'agira non plus d'un pouvoir contre un autre mais d'une disjonction dans la manière d'avoir la maîtrise de la forme sociale. Cette formule compliquée exprime une situation simple: supposons qu'une révolution, même pacifique renverse un état et se donne de nouvelles bases, elle ne se découvrirait aucun pouvoir supplémentaire: ni institutionnel, ni économique. Pas la peine de faire une révolution pour recréer de la croissance et de l'emploi. Et elle s'apercevrait par la même occasion que cette capacité est depuis longtemps sortie de son champ d'action.

Par contre, avoir des éléments de préservations issus d'expériences en cours et sortant du champ de la sujétion à l''extraction de la rente pour faire court, nous préservera si on les étend. À un certain seuil d'importance, l'alternative aura du poids. Il s'agit d'une disjonction à caractère citoyen, mais dont la productivité économique à terme pourrait émanciper une partie de la société de la dépendance à sa contribution involontaire à la rente.

Une entreprise massive de sortie de ce système, en excluant donc la transition, reposerait sur une conception de la disjonction progressive, et donc de l'ignorance du système en place. Et la fin de l'audience du réformisme, de la philodoxie, pour s'appuyer sur des éléments volatiles mais réellement structurant de cette construction de l'avenir.

Il est devenu courant d'entendre que l'érosion des certitudes politiques qui soutiennent les catégories démocratiques et républicaines, les institutions qui en découlent, est multifactorielle. Un constat qui n'explique pas grand-chose, mais fait maintenant défaut: à quoi sert l'économie? Cette défaillance n'est pas une crise. C'est une mutation extrêmement dangereuse de la nécessité économique. La concentration des richesses n'y est d'ailleurs pas un moteur mais une conséquence. La phase suivante pourrait s'envisager comme une économie faite et recentrée sur le principe d'un usage de la planète au seul bénéfice d'une faible proportion de la gens humaine. Cette idée nous paraît monstrueuse, elle s'apparenterait à un eugénisme passif, dont l'effet serait une partie de la population planétaire à son triste sort, sous forme d'une crise récurrente de ressources et moyens. La barrière se constituerait dans cet avenir autour des systèmes de coûts très élevés dus à la raréfaction de ressources auxquelles donc peu auraient accès, compte tenu du fait de l'augmentation constante de la population mondiale. Et par ressources, il faut entendre, les soins, le logement, l'éducation, et surtout le travail. Dans l'immédiat de moins en moins d'humains pour travailler dans l'industrie manufacturière, ne se maintenant sans doute qu'au prix d'une grande faiblesse de rémunération, face à des usines robotisées et ne fabricant que peu de produits, puisque pour une clientèle de moins en moins massive. Face à cette restructuration des sociétés autour d'une organisation inconstitutionnelle et fortement «numérisée» l'adéquation ressources / population aisée aura de réelles chances d'être durable.

Cette vision-là que nous refusons d'envisager parce que contraire à toutes les valeurs fondamentales humaines dans lesquelles nous voulons nous regarder, ne peut évidemment constituer une réalité acceptable. Même si les concentrations de richesses et l'état de crise larvée et durable qui s'annoncent ne constituent pas de bons signaux, nous continuons de fait à cautionner l'ensemble. Le résultat renforce deux paramètres irréversiblement liés: le réchauffement climatique et le durcissement des conditions de la rente.

Dire que les classes politiques sont disqualifiées ne fait que nous permettre une défausse commode. Nous sommes dans un paradoxe ; nous devons décroitre notre appétit de consommateur, mais être aussi dans une autre culture une toute autre histoire aussi. Si dans un rêve fou, nous décidions tous nous humains de nous passer de voitures pour sauver la planète, ce sont toutes les fonctionnalités économiques qui seraient atteintes. Sans parler du fait d'être de mauvais citoyen détruisant l'économie nous mettrions les sociétés dans leur ensemble en défaut de fonctionnement. Ce serait faire –par défaut- la révolution. Ce rêve montre par l'absurde à quel point il est nécessaire de continuer à polluer la planète.

Nous n'en sommes plus à l'engouement d'«indignez-vous»; ce fut le rôle fédérateur de gens d'origine très diverses qu'il eut. Le message n'était en fin de compte que ce qui persiste à nous indigner aujourd'hui, mais nous nous sommes tous à un moment donné reconnus dans cet ouvrage. Évidemment, s'indigner n'est pas suffisant à changer le monde, ni d'ailleurs à le comprendre en profondeur, en pouvant parallèlement même, être démobilisateur. Identifions-nous ! Serait peut-être ce par quoi ce mot d'ordre pourrait se voir renforcé. Est-ce le moment, ou est-ce devenu une urgence de s'identifier en tant qu'étant quelque chose ou voulant quelque chose? Nous voici donc dans une exigence que je pourrais qualifier de «multifactorielle» et dont les principaux composants seraient évidemment ceux que je décris. Il faudrait être convaincu, pour cela, de la réalité de l'inefficience de la croissance et de ses effets pervers. Pour commencer.

L'expression de ce problème global, sans coupable et sans responsable vraiment identifiables, a de quoi laisser dans le désarroi. D'où les limites opératoires de l'indignation. Ces remarques faites, identifions-nous n’est pas un paradoxe jeté en l’air. Il faudra bien, à un moment donné, qu’aux idées fastfood se substitue du contenu. Comme il est postulé ici qu’elle n’émergera pas du contexte formel dans lequel la philodoxie se voit contrainte d’opérer et d’évoluer, s’identifier commence donc bien par s’identifier à travers ce que l’on ne veut pas voir se perpétuer, en complète indépendance de ce que les « opposants » institutionnels proposent. Un vrai problème, que le geste de l’abstention, présenté comme  anticivique n’arrive pas à faire apparaître. Nous en sommes là, au déclin de partis politiques actuels devenus des organisations de supporters, victimes de la faiblesse du contenu proprement politique porté par ses dirigeants réformateurs. Ce qui ne semble pourtant pas être une condition suffisante à tout expliquer ;  les  messages restent d’autant plus pauvres qu’il ne s’agit plus de soutenir des idées mais des candidats ayant les aptes à soulager au mieux un système général mal en point. Mais ne pas se satisfaire de cette seule explication pousse à en voir d'autres, nichées dans cette nouvelle puissance de l’expression directe en émergence que constituent les réseaux. Une fois de plus, aucune extrapolation n’est permise et ne peut démontrer pour le moment qu’il existe de véritables réseaux d’opinions, sans pour autant que l’on ne puisse démontrer le contraire. Il faut les voir comme des "courants baladeurs" que connaissent bien les cheminots, ceux qui parasitent rails, poteaux et autres. Des courants qui circulent sur des supports non prévus pour ça, de manière imprévisible. En s’en tenant aux définitions qu’en donnent les tenants de la sociologie des réseaux, ces nouvelles formes interrelationnelles constituent un maillage continu contenant des groupes informels mais dont les relations sont plus marquées d’un contenu récurrent, orienté et constituant –en puissance- les vraies bases d’une similitude de comportements ou réactions face aux mêmes évènements politiques. Cette récurrence, si elle s’affirmait dans le temps, irait dans le sens de ce que l’agrégation signifie : un stade pré-organisationnel, en le formalisant cette fois. Et la formalisation de cette virtualité caractéristique de l’agrégation, faite de l’assemblage potentiel et pré-organisationnel de systèmes d’opinions ou d’identification, s’exprimant jusqu’ici à un stade de potentialité, se mettra t-il donc à perdurer en tant qu’objet appréciable dans sa réalité, mais sans réalité ? Il y aurait donc par hypothèse une voie de l’expression politique qui ne connaîtrait plus l'obligation, pour exister, de passer au stade organisationnel.  Relativisant définitivement toute organisation partisane. On a assez vu des sélectionnés de partis, des machines à financer et supporter s’adresser à l’opinion à hauteur de l’investissement en moyens que cet exercice exige, avec un résultat nul : 30 ans de votes pour éliminer; des élus par défaut, d’une légitimité sans substance. La formalité des jeux partisans a trop longtemps exclu de ses thématiques cette dimension d'intelligence et d'autonomie des gens; le conflit de forme actuel nie constamment la réalité de cette terrible absence de légitimité que le mode de scrutin revendique quand même. L’esprit référendaire est partout comme un archétype démocratique qui refonde faussement l'axiologie de la légitimité. Comment cette contradiction va-t-elle s’exprimer dans le temps ? Par les partis qui n’y ont pas intérêt ou par cette libre expression de l’opinion ? L’abstention joue comme un rappel constant de cet état de fait. Bref, le problème de la légitimité aura donc besoin à un moment donné de se poser comme un état de crise en regard du respect à avoir d’un état de droit. Comment le sentir défendu par un élu par défaut ?

Contrairement à il y a encore quelques années, ces choses se disent maintenant, mais sous le coup de la colère, en général. Ce qui laisse encore une chance à ces mêmes philodoxes qui nous disent en accordant leurs discours à l'état d'humeur ambiant: «nous avons compris votre colère» et répondent tous «j'ai un plan, suivez-moi ! ».

Enfin, notre avenir ne se joue pas autour d’un conflit biosphère / sociosphère. Mais bel et bien entre deux tendances de la sociosphère à se concevoir : l’une hérite et conforte le système économique en place jusqu’à l’absurdité de l’autodestruction, l’autre tend à construire par réaction les bases d’une solidarité et coopération qui élaborent lentement le modèle politique de sa finalité. Les responsables des nations défendent un territoire économique dont l’exigence de compétitivité les empêche d’accompagner la seconde alternative, et défendre réellement la biosphère. Alors, l’observation des initiatives, partout, montre que l’avenir se fabrique à l’échelle atomique de la société, là où la créativité sociale et politique est réalité. Les moyens nouveaux qu’ont les citoyens-atomes, la logique à construire des réseaux d’échange, la volatilité des opinions et engagements caractériseront le futur.



[1] « Chez tous les grands penseurs –y compris Platon- la différences de niveau entre les philosophies politiques et le reste de leur œuvre saute aux yeux. La politique ne parvient jamais à la même profondeur. Le sens de la profondeur qui fait défaut n'est rien d'autre qu'un sens défaillant pour la profondeur dans laquelle est ancrée la politique ».

[2] Une nuance qui me paraît déterminante dans notre effort de compréhension de la consistance actuelle du politique : le principe d’obligation. L'auteur de ce concept, (Bruno Bernardi le principe d'obligation EHESS 2007) dit lui-même qu'il «est indissociablement thétique et problématique». Je ne détaillerai pas cette définition, que B. Bernardi cerne dans son ouvrage, beaucoup trop développé pour qu'on puisse résumer le contenu autrement qu'en le réduisant. Pour prolonger ce qui a été précédemment dit, le principe d’obligation qui lie les membres d’une société opère selon une modernité qui reste difficile à définir elle-même et dans une relation d'obligation qui s'est imposé, «au long d'un processus pluriséculaire, comme principe de la démocratie».

 

 

 

Vers la volatilité

27/09/2017 11:01
Vers la volatilité,  "l'espace-qui-est-entre-les-hommes" CH 4,  extrait Vers la volatilité                                              En politique le durable ne serait...